« Absent » signifie que le député n'a pas pris part au scrutin, pas qu'il était absent de l'Assemblée.
Session ordinaire 2023-2024 · 16e législature · compte rendu complet
Séance du 14 mars 2024 (2e séance)
Présidence de Mme Hélène Laporte
Après l’article 2
M. Didier Martin (RE). Les professionnels de santé qui déposent plainte doivent en effet pouvoir se prémunir d’éventuelles représailles de la part de leur agresseur. Il est dommage qu’ils puissent aujourd’hui être identifiés d’une manière ou d’une autre par leur adresse personnelle. L’amendement propose donc de substituer à celle-ci l’adresse du conseil de l’ordre de la profession s’il existe ou l’adresse du commissariat ou de la brigade de gendarmerie.Cette mention du commissariat et de la brigade de gendarmerie semble toutefois superfétatoire puisque le code de procédure pénale prévoit déjà cette possibilité. J’ai donc sous-amendé l’excellent amendement de ma collègue Panosyan-Bouvet en proposant de supprimer ces mentions.
Mme la présidente (RN). Quel est l’avis de la commission sur l’amendement et sur le sous-amendement ?
M. Philippe Pradal (HOR). Je remercie Mme Panosyan-Bouvet de cette proposition qui est en effet importante parce qu’elle marque une façon d’accompagner le soignant victime qui souhaite porter plainte en lui assurant qu’il pourra le faire sans craindre de représailles liées à la communication de son adresse à ce moment-là. La possibilité d’une élection de domicile auprès de l’ordre est une excellente idée.Je suis également favorable au sous-amendement qui vise à supprimer de l’amendement la référence à l’utilisation de l’adresse du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie car, comme l’a expliqué notre collègue, cette faculté est déjà prévue par le code de procédure pénale. J’émets donc un avis favorable à l’amendement sous réserve de l’adoption du sous-amendement.
M. Frédéric Valletoux. Pour les mêmes raisons, je tiens moi aussi à remercier Mme Astrid Panosyan-Bouvet et M. Didier Martin pour la complémentarité de leurs propositions. Je ne l’ai peut-être pas encore dit, mais il faut souligner à quel point la crainte des représailles constitue un véritable obstacle pour les soignants lorsqu’ils envisagent de s’engager dans une démarche de dépôt de plainte. Cette nouvelle manière d’accompagner cette appréhension permettra de répondre très concrètement au problème. Le Gouvernement est donc très favorable au sous-amendement et à l’amendement qu’il tend à modifier.
(L’amendement no 51 rectifié, sous-amendé, est adopté.)
Article 3
Mme la présidente (RN). Je suis saisie de plusieurs amendements identiques, nos 47, 56 et 67.L’amendement no 47 de Mme Agnès Firmin Le Bodo est défendu.La parole est à M. Didier Martin, pour soutenir l’amendement no 56.
M. Didier Martin (RE). L’article 3 prévoit la possibilité pour l’employeur de porter plainte en lieu et place du salarié. Je reviens sur le témoignage de notre collègue Caroline Fiat qui évoquait le cas de l’employé d’un Ehpad qui ne voulait pas porter plainte : cette possibilité sera désormais ouverte à l’employeur pour assurer le respect de la loi. Évidemment, l’ambiance dans ce type d’établissement ne correspond pas du tout à celle qui peut exister dans les services d’urgence ou de psychiatrie, dont on sait qu’ils sont le lieu de violences tout à fait inacceptables même si, parfois, les personnels agressés ne portent pas plainte. Que l’employeur puisse le faire sera à cet égard un véritable progrès pour la protection de l’employé et de l’institution, gage du bon fonctionnement de celle-ci.Cet amendement vise, comme mes amendements sur les articles précédents, à étendre la nouvelle disposition au bénéfice des personnels travaillant en maison de naissance, en cabinet d’exercice libéral, dans une officine de pharmacie ou encore dans un laboratoire de biologie médicale.
Mme la présidente (RN). La parole est à Mme Maud Petit, pour soutenir l’amendement no 67.
Mme Maud Petit (DEM). Cet amendement de ma collègue Aude Luquet, signé par les membres du groupe MODEM, précise le champ d’application de l’article 3 en substituant à la notion de cabinet médical et paramédical celle de cabinet d’exercice libéral d’une profession de santé, et en y ajoutant les maisons de naissance, les pharmacies et les laboratoires de biologie médicale.
M. Philippe Pradal (HOR). Jamais deux sans trois : avis favorable puisqu’il s’agit de la transposition à l’article 3 de l’extension déjà prévue dans les articles 1er et 2.
Mme Caroline Fiat (LFI-NUPES). Non, j’ai dit que je me taisais. Mais je ne suis pas d’accord.
(Les amendements identiques nos 47, 56 et 67 sont adoptés.)
Mme la présidente (RN). Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 52, 71, 81 et 39 et 68, qui peuvent faire l’objet d’une discussion commune.Les amendements nos 52 et 71 sont identiques.La parole est à Mme Astrid Panosyan-Bouvet, pour soutenir l’amendement no 52.
Mme Astrid Panosyan-Bouvet (RE). L’article 3 vise à donner aux employeurs la possibilité de se constituer partie civile et de porter plainte en cas d’agression d’un de leurs employés, après avoir recueilli par tout moyen son accord au préalable, ce qui est absolument nécessaire. Les professionnels de santé libéraux n’ayant pas d’employeur, dans un souci d’égalité de traitement, cet amendement vise à étendre cette possibilité aux ordres professionnels, qui ne peuvent à ce jour que se constituer parties civiles, afin que tous les professionnels de santé, quel que soit leur mode d’exercice, puissent également bénéficier de la nouvelle disposition.
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Timothée Houssin, pour soutenir l’amendement no 71.
M. Timothée Houssin (RN). La proposition de loi, dans son article 3, confère aux employeurs d’un professionnel de santé ou d’un membre du personnel d’un établissement de santé la faculté de porter plainte avec l’accord de la victime. Mais ce dispositif pose un problème : il ne peut pas, dans la rédaction actuelle, s’appliquer aux praticiens libéraux qui, par définition, n’ont pas d’employeur. C’est pourquoi mon amendement propose, reprenant une suggestion du Conseil national de l’Ordre des médecins, que l’ordre professionnel concerné puisse porter plainte en lieu et place des soignants, à condition bien sûr que ces derniers soient d’accord.
Mme la présidente (RN). La parole est à M. le ministre délégué, pour soutenir l’amendement no 81.
M. Frédéric Valletoux. Il s’agit en effet de pouvoir accompagner des soignants qui, étant libéraux, sont leur propre employeur et donc ne pourraient pas être accompagnés dans la démarche du dépôt de plainte comme leurs collègues employés d’une structure sanitaire, médico-sociale ou hospitalière par leur employeur.Le débat et les différents amendements montrent que le choix des structures – ordre ou syndicat professionnel – les plus opportunes pour accompagner les victimes n’est pas complètement tranché. L’amendement du Gouvernement renvoie la désignation et la spécification de l’accompagnement au niveau réglementaire, c’est-à-dire à une discussion avec l’ensemble des parties prenantes susceptibles d’accompagner les professionnels libéraux.
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 39.
M. Ian Boucard (LR). La volonté de notre collègue Josiane Corneloup, auteure de cet amendement, est la même que celle qui a été explicitée par les précédents intervenants. Elle aussi souhaite permettre à l’ordre de se substituer à la victime pour le dépôt de plainte car les professions libérales ne doivent évidemment pas être oubliées.On voit, hélas, trop souvent des médecins qui se font agresser dans l’exercice de leurs fonctions, notamment dans certains quartiers où malheureusement, de ce fait, la population n’a plus accès à la santé.
Mme la présidente (RN). La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 68.
M. Philippe Pradal (HOR). Une explication un peu plus longue que précédemment si vous le permettez, madame la présidente, qui vaudra défense de l’amendement no 68 et avis sur les autres amendements.La question de l’accompagnement des professionnels libéraux dans la démarche du dépôt de plainte simple est un sujet important dont nous avons eu à débattre en commission des lois. Plusieurs solutions ont été envisagées, dont celle des ordres, et plusieurs amendements vont dans ce sens. Mais celle-ci crée tout de même une difficulté d’organisation puisque les ordres n’ont pas vraiment pour mission de défendre des intérêts individuels, mais plutôt une compétence en matière disciplinaire à l’égard des praticiens. En tout état de cause, si l’on retenait cette solution, il conviendrait de procéder à des aménagements.Quant aux syndicats, ce pourrait être aussi une solution : nous avons soulevé la question de l’exhaustivité de leur couverture territoriale.Il faudrait également réfléchir à la solution consistant à faire intervenir les unions régionales des professionnels de santé (URPS). C’est le sens de l’amendement no 68 sur lequel j’avais travaillé avec le président de la commission des lois, Sacha Houlié.Cependant, la réflexion conduite depuis – c’est tout l’intérêt du débat parlementaire – nous a permis de constater que la diversité des situations exigeait probablement, pour avoir un peu d’agilité et s’assurer de couvrir toutes les professions de façon satisfaisante, que ce choix soit renvoyé au domaine réglementaire.D’abord, il est assez probable qu’il ne relève pas du domaine de la loi. Ensuite, passer par la voie réglementaire garantira une agilité et une réactivité afin que chaque professionnel libéral agressé soit accompagné par une structure désignée au plus proche de lui, susceptible de défendre au mieux ses intérêts et de déposer plainte à sa place.Voilà pourquoi je retire mon amendement en invitant les auteurs des amendements qui font l’objet de cette discussion à les retirer également – à défaut, mon avis sera défavorable – pour se rallier à l’amendement no 81 du Gouvernement, auquel je suis favorable.
Mme Caroline Fiat (LFI-NUPES). Nous allons soutenir l’amendement no 81, mais nous avons découvert que certaines aides-soignantes travaillent – hélas – pour des plateformes ubérisées, ce qui les place hors du périmètre d’application du texte. J’avais oublié d’en parler, monsieur le ministre, mais, dans le cadre de la navette, pourriez-vous penser à ces professionnelles qui ont endossé le statut d’autoentrepreneur ? (M. le ministre délégué acquiesce.)
Mme la présidente (RN). Sur l’article 3, je suis saisie par le groupe Horizons et apparentés d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
(Les amendements nos 52 et 71 sont retirés.)
(L’amendement no 81 est adopté.)
(L’amendement no 39 n’est pas adopté.)
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Didier Martin, pour soutenir l’amendement no 57.
M. Didier Martin (RE). Lorsque l’employeur porte plainte en lieu et place de la victime, il doit prendre la précaution de recueillir l’accord de celle-ci – il n’est pas question d’agir sans son consentement. L’amendement précise que ce recueil se fera sous forme écrite, afin de laisser une trace, démarche utile dans le cadre d’une procédure.
M. Philippe Pradal (HOR). Favorable. Merci pour cette précision. Adapter les modalités d’expression du consentement était en effet utile.
(L’amendement no 57, accepté par le Gouvernement, est adopté.)
Mme la présidente (RN). Je mets aux voix l’article 3, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente (RN). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 67 Nombre de suffrages exprimés 67 Majorité absolue 34 Pour l’adoption 67 Contre 0
Mme la présidente (RN). Je suis saisie de plusieurs amendements portant article additionnel après l’article 3.La parole est à Mme Maud Petit, pour soutenir l’amendement no 53.
Mme Maud Petit (DEM). Le présent amendement déposé par Aude Luquet vise à permettre au conseil de surveillance, ou à son équivalent, dans les établissements publics ou privés de santé, ainsi que dans les établissements médico-sociaux, de bénéficier d’un bilan annuel des actes de violences commis au sein de l’établissement, mais également des atteintes physiques ou verbales à l’encontre des employés désormais couverts par la proposition de loi. La connaissance des actes et des moyens mis en œuvre pour assurer la sécurité des professionnels de santé ainsi que des personnels travaillant au sein de l’établissement permettra au conseil de surveillance, ou à son équivalent, de se prononcer de manière éclairée sur les dispositifs déployés.
M. Philippe Pradal (HOR). Je remercie le groupe Démocrate pour cette proposition. Lorsqu’elle avait présenté un premier amendement à ce sujet en commission des lois, Mme Luquet avait accepté, avec beaucoup d’élégance, de le retirer pour le retravailler en vue de la séance afin de trouver une rédaction plus englobante. C’est désormais chose faite et je suis heureux d’émettre un avis favorable sur cet amendement important.
M. Frédéric Valletoux. Je partage votre souci d’une meilleure appropriation des enjeux de sécurité par les conseils de surveillance et les instances de direction des établissements. La présentation annuelle du bilan des actes de violences pourrait être un bon moyen d’appréhender le sujet. Néanmoins, j’émets une réserve : vu les nombreuses obligations, récemment modifiées par la loi, qui pèsent sur ces instances, il faudra, dans le cadre de la navette, bien articuler cette disposition avec l’article 12 ter A de la proposition de loi « bien vieillir », qui a fait l’objet, cette semaine, d’une commission mixte paritaire conclusive, car les deux écritures risquent d’être incompatibles. Pour cette raison, j’émets un avis de sagesse.
M. Didier Martin (RE). En effet, les conseils de surveillance des établissements abordent de multiples sujets et doivent rédiger des rapports annuels incluant de nombreux éléments de gestion. Je rappelle que les députés sont autorisés à siéger au sein de ces instances ; nous pouvons donc accéder à l’ensemble des informations. Tout comme les conditions de travail ou l’absentéisme, les violences faites au personnel sont une donnée à prendre en compte. Nous pourrons également suivre les mesures qui seront prises pour y remédier et nous informer sur les procédures engagées par la victime ou par l’employeur.
(L’amendement no 53 est adopté.)
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 40.
M. Ian Boucard (LR). Notre collègue Josiane Corneloup propose de décliner au niveau départemental les fameuses conventions santé-sécurité-justice conclues entre les préfets, les procureurs, les directeurs généraux des agences régionales de santé (ARS) et les ordres départementaux.
M. Philippe Pradal (HOR). Merci pour votre amendement. Ces conventions constituent, en effet, un outil très efficace, en tant qu’instance de dialogue et de diffusion des bonnes pratiques de prévention. Cependant le cadre correspondant à ce que vous demandez existe déjà : la mesure 33 du plan pour la sécurité des professionnels de santé, de septembre 2023, vise à rappeler aux procureurs de la République comme aux différents services de l’État l’obligation de signer ces conventions. À mon sens, cette précision ne relève pas de la loi. Je partage l’esprit de l’amendement – il faut diffuser cette excellente pratique sur l’ensemble du territoire –, mais j’émets un avis défavorable car la question peut être réglée par voie d’instruction.
M. Ian Boucard (LR). Je suis d’accord avec le rapporteur : la pratique est excellente, si excellente que, plutôt que de la rappeler par des notes du ministre aux procureurs, autant l’imposer, par la loi, dans l’ensemble des départements français. Si, comme pour nous, votre priorité est réellement d’assurer la sécurité des professionnels de santé, et je crois que c’est le cas, acceptez l’amendement !
M. Philippe Pradal (HOR). Monsieur Boucard, vous êtes bien placé pour savoir que, quand on inscrit dans la loi des éléments qui n’ont pas à s’y trouver, cela ne passe pas la censure du Conseil constitutionnel.
(L’amendement no 40 n’est pas adopté.)
M. Ian Boucard (LR). Cette assemblée est sectaire ! (Sourires.)
Article 4
(L’article 4 est adopté.)
Mme la présidente (RN). Sur l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisie par le groupe Horizons et apparentés d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Après l’article 4
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Gérard Leseul, pour soutenir les amendements nos 2 et 3, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Gérard Leseul (SOC-A). Il s’agit de deux demandes de rapport. Je sais que, de manière générale, on n’aime pas adopter des amendements demandant des rapports, surtout en fin d’examen d’un texte, mais nous considérons qu’il faut examiner la relation potentielle entre les agressions dont sont victimes les soignants et la carence de soins dans les établissements de santé, en particulier dans les établissements psychiatriques. Un rapport dans les six mois suivant la promulgation de la loi aiderait à mieux comprendre dans quelle mesure l’absence ou la carence de soins, ainsi que le délai de réponse, peuvent susciter des violences.
Mme la présidente (RN). Quel est l’avis de la commission sur les deux amendements ?
M. Philippe Pradal (HOR). Demande de retrait plutôt qu’avis défavorable. Le Parlement peut exercer son contrôle de multiples façons, et il serait plus efficace de passer par ce biais plutôt que par un rapport qui serait rédigé dans les six mois, ce délai très bref promettant de ne fournir que des données peu pertinentes. J’utiliserai le même argument pour d’autres demandes de rapport. Mettons en œuvre nos prérogatives de contrôle et évitons de demander des rapports, surtout dans des délais aussi courts, qui ne laissent guère le temps pour la collecte des éléments statistiques.
M. Gérard Leseul (SOC-A). Si le ministre avait apporté une réponse encourageante, j’aurais pu retirer ces amendements, car je comprends l’argument du rapporteur – la collecte des données nécessite, en effet, du temps. Néanmoins, il est probable qu’il existe une relation entre les éléments que j’ai mentionnés, et il faut tenter de l’établir dans le cadre d’un rapport, sinon dans six, du moins dans douze mois. Promettez-nous au moins une étude !
(Les amendements nos 2 et 3, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente (RN). La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir les amendements nos 23, 24, 25, 26, 27 et 28, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Mme Caroline Fiat (LFI-NUPES). Je défendrai surtout l’amendement no 28, et vous voterez tous pour ! Je donne au Gouvernement deux ans – jusqu’au 1er juin 2026 – pour remettre au Parlement un rapport sur les besoins relatifs à la protection des professionnels intervenant dans les services de nuit. En m’exprimant à la tribune, j’ai évoqué une agression, intervenue la nuit. Mes collègues ont mis beaucoup de temps à me retrouver. La nuit, les lumières sont moins fortes, il n’y a pas beaucoup de bruit, les cadres et les chefs sont absents – ça, c’est sympa ! –, tout comme les familles des malades et autres visiteurs. Rédiger ce rapport serait important, car mes collègues, qui se sentaient déjà coupables, ne m’ont retrouvée que parce qu’une résidente leur a indiqué où j’étais. Je ne m’attarderai pas sur les autres amendements, mais au moins, s’il vous plaît, votez l’amendement no 28 !
M. Philippe Pradal (HOR). Je répondrai plus longuement qu’à l’accoutumée s’agissant des demandes de rapport.D’abord, madame Fiat, merci pour votre intervention à la tribune, car ce texte vise aussi à instaurer un accompagnement individuel des cas comme celui-ci. Je ne comprends juste pas comment on a pu vous agresser, tellement vous êtes gentille ! (Sourires.) La question de la sécurité des soignants est plus large que le périmètre d’un rapport qui serait remis au Parlement. Je ne sais pas quels engagements le ministre délégué prendra au banc, mais pour ma part, j’estime qu’il faut traiter le sujet d’une manière globale là où vos différents amendements le traitent d’une manière thématique – la psychiatrie, les urgences, etc. Ne faudrait-il pas entreprendre une vaste étude sur la manière d’assurer la sécurité dans les hôpitaux ?Nous disposons des données statistiques, mais il nous est moins aisé d’avoir accès aux rapports d’audit, à la liste des intervenants, etc. Tous ces éléments doivent être pris en compte. Cela demande du temps. Le délai que vous proposez me paraît donc raisonnable.Par ailleurs, je saisis volontiers la balle au bond et vous dis que je serais ravi qu’on parvienne un jour à signer un texte ensemble, sur ce sujet ou sur un autre.En conclusion, je donne un avis défavorable sur tous les amendements parce que je suis dans l’attente impatiente de ce que va dire M. le ministre sur le sujet.
M. Frédéric Valletoux. L’ONVS publie un rapport annuel qui permet d’avoir un certain nombre de données. Je suis tout à fait d’accord pour lancer un projet d’analyse et de mise en perspective de ces chiffres mais je ne pense pas qu’il faille inscrire ces demandes de rapport dans la loi. Je vous propose plutôt de nous retrouver pour avancer vers une meilleure connaissance de ces données.Par ailleurs, à propos de l’amendement no 28, le seul que vous ayez réellement défendu, madame Fiat, permettez-moi d’évoquer les médiateurs des services d’urgence. François Braun et Jean-Christophe Combe avaient commandé un rapport, publié en juillet 2023 sous le titre « La médiation en santé : un levier relationnel de lutte contre les inégalités sociales de santé à consolider ». Certaines de ses propositions figurent parmi les quarante-deux mesures sur la sécurité des professionnels de santé présentées par Agnès Firmin-Le Bodo et le Gouvernement à la fin du mois de septembre suivant. Dans le cadre des réflexions autour du rapport annuel de l’ONVS, on pourrait approfondir cette question de la médiation. Voyons quels vont être les effets du plan annoncé en septembre, puis reparlons-nous.En conclusion, avis défavorable sur les amendements et, de manière générale, sur les demandes de rapport qui tendent à alourdir les textes de lois.
(Les amendements nos 23, 24, 25, 26 et 27, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 28 est adopté.) (MM. Charles Fournier et Gérard Leseul applaudissent.)
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Timothée Houssin, pour soutenir l’amendement no 73.
M. Timothée Houssin (RN). Le plan pour la sécurité des professionnels de santé, annoncé conjointement par le ministre de la santé et de la prévention et la ministre déléguée chargée de l’organisation territoriale et des professions de santé, en septembre 2023, se donne pour objectif d’outiller les professionnels de santé pour réagir face aux violences, c’est-à-dire de doter de dispositifs d’alerte les plus exposés et les plus isolés d’entre eux.Cet amendement demande un rapport évaluant l’opportunité de généraliser ces outils d’alerte. Il est surtout un amendement d’appel pour avoir une information du ministre sur le déploiement de ces dispositifs.
M. Philippe Pradal (HOR). L’avis sur l’opportunité – pour reprendre votre propre terme, monsieur le député – de ces dispositifs est largement partagé. Les outils d’alerte sont opportuns car en sont équipés les professionnels qui en font la demande.Sans empiéter sur les prérogatives du ministre, je pense qu’il faut prendre les décisions au plus près du terrain. Par exemple, la collectivité locale où je suis élu, la ville de Nice, met à la disposition des professionnels libéraux qui le veulent des boutons d’alerte permettant de contacter le centre de supervision urbain et de réaliser des prises d’ambiance sonore. Ces professionnels activent le dispositif quand ils le souhaitent.Laissons les initiatives de terrain se déployer. Rédiger un rapport n’aboutirait qu’à les lister alors qu’il y a d’autres moyens de diffuser les bonnes pratiques. Donc avis défavorable.
M. Frédéric Valletoux. Monsieur Houssin, vous avez vous-même dit que votre demande de rapport était surtout un amendement d’appel. Comme vous l’avez rappelé, l’équipement en dispositif d’alerte a été annoncé en septembre dernier et – je peux vous rassurer – il est en train de se diffuser. Les financements ont été donnés aux agences régionales de santé par l’intermédiaire des fonds d’intervention régionaux, pour permettre un déploiement concerté avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), qui coordonnent la médecine libérale. Sur le terrain, les choses devraient être en train de se mettre en place pour que les professionnels souhaitant être dotés d’équipements de ce type le soient progressivement.Si, dans quelques mois, on m’invite à nouveau, en commission ou en séance, à évoquer ce plan, je pourrai peut-être faire état d’éléments plus précis, mais la mesure est trop récente pour que je puisse, aujourd’hui, donner le chiffre de boîtiers distribués. Le dispositif se diffuse et la demande de rapport me paraît superfétatoire.
(L’amendement no 73 est retiré.)
Mme la présidente (RN). L’amendement no 74 de M. Timothée Houssin est défendu.Quel est l’avis de la commission ?
M. Philippe Pradal (HOR). À propos de cette dernière demande de rapport, je formule un vœu de retrait ou, à défaut, donne un avis défavorable. En effet, M. le ministre vient de nous dire qu’il était disposé à enrichir le rapport de l’ONVS, qui donnera donc toutes les informations. L’enjeu est aussi de rendre ce rapport plus large et de tendre vers l’exhaustivité, ce qui n’est pas le cas actuellement, car les déclarations à l’ONVS se font sur la base du volontariat et ne sont donc pas systématiques.
(L’amendement no 74, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)
Explications de vote
Mme la présidente (RN). Dans les explications de vote, la parole est à M. Charles Fournier.
M. Charles Fournier (Écolo-NUPES) (ECOLO). Ce sera rapide. J’ai annoncé plus tôt dans nos débats une abstention, que je confirme. D’une part, nous ne voulons pas envoyer un signal selon lequel il ne faudrait pas sanctionner les personnes qui agressent les professionnels de santé mais, d’autre part, nous considérons que la réponse apportée en élude d’autres, qui sont importantes. Le problème est structurel, et la logique de la sanction et du rétablissement de l’autorité dans tous les domaines ne fait pas la preuve de son efficacité. Il ne nous semble pas qu’elle soit la seule voie pour avancer sur ce sujet.
M. Didier Martin (RE) (RE). Lorsque l’on pense aux agressions des personnels soignants, il faut essayer d’imaginer la situation. Dans les établissements, elles peuvent être le fait de patients qui ne se maîtrisent pas, soit parce qu’ils ont des troubles cognitifs, soit parce qu’ils souffrent et n’ont pas été suffisamment soulagés ou parce qu’ils ont des troubles psychiques et ne peuvent se contrôler. Ces violences-là appellent avant tout une meilleure prise en charge, une meilleure réponse médicale.Par ailleurs, dans ces établissements, il y a aussi des violences commises aux urgences, par des individus alcoolisés ou sous l’emprise de la drogue. Leurs actes témoignent de leur propre maladie mais aussi des maux de la société. Les remèdes à y apporter vont bien au-delà des réponses pénales prévues par le texte que nous avons examiné aujourd’hui.Je pense également aux professionnels libéraux, qui subissent parfois dans leur cabinet des agressions très violentes, voire potentiellement létales, de la part d’individus parfois armés. Certains ont ainsi perdu la vie. Dans ces situations, les sanctions pénales prévues par la proposition de loi sont des éléments de réponse forts.Je remercie le groupe Horizons et apparentés, ainsi que M. le rapporteur, d’avoir attiré notre attention sur cette situation. La majorité et tous les groupes qui vont voter en faveur du texte vont appeler celle du Gouvernement, afin qu’il apporte une réponse pénale mais aussi globale au problème, pour les professionnels libéraux comme dans les établissements de soins.Je confirme bien évidemment la position du groupe Renaissance, qui votera en faveur de cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Vote sur l’ensemble
Mme la présidente (RN). Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente (RN). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 89 Nombre de suffrages exprimés 81 Majorité absolue 41 Pour l’adoption 81 Contre 0
(La proposition de loi est adoptée.) (Mmes et MM. les députés du groupe HOR se lèvent et applaudissent. – Plusieurs députés des groupes RE et Dem applaudissent également.)
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Philippe Pradal, rapporteur.
M. Philippe Pradal (HOR). Un grand merci à tous ceux qui ont permis ce vote et un grand merci à tous les groupes qui se sont exprimés, que ce soit en soutien du texte ou pour demander l’abstention. Je ne voulais pas le dire pendant le débat mais j’ai une pensée pour le personnel de l’hôpital Lenval, à Nice. Après avoir été gravement agressée au service des urgences de cet établissement, une auxiliaire de puériculture m’a dit : « Je ne veux pas avoir à travailler avec des yeux dans le dos. » Soyons les yeux dans le dos des soignants, qui sauvent des vies tous les jours. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et plusieurs bancs du groupe RE.)
Discussion d’une proposition de loi organique
Mme la présidente (RN). L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi organique de M. Henri Alfandari et plusieurs de ses collègues, visant à renforcer l’ancrage territorial des parlementaires (nos 2076 rectifié, 2299).
Présentation
Mme la présidente (RN). La parole est à M. Henri Alfandari, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
M. Henri Alfandari (HOR). Le 22 janvier, mes collègues du groupe Horizons et moi-même avons déposé une proposition de loi organique visant à renforcer l’ancrage territorial des parlementaires. Ce texte est le fruit d’une réflexion de fond sur la place du parlementaire dans la société française. Parce qu’il nous conduit à nous interroger sur ce qu’est un bon gouvernement, il a suscité en commission de vifs échanges. Au fond, il me semble que c’est une bonne chose, car nous ne pouvons pas faire l’économie de ce débat aujourd’hui.Si le sujet passionne tant, c’est que la question du cumul des mandats est au cœur de la Ve République. Certains pensent que cette République est morte, qu’il n’y a plus lieu de tenter de la sauver ; ceux-là ne voteront pas en faveur de ce texte. Mais nous sommes nombreux, dans cet hémicycle, à être profondément attachés à la Ve République. Cela étant, nous sommes conscients qu’il existe aujourd’hui un malaise démocratique et nous sommes bien forcés d’admettre qu’un équilibre a été rompu au sein de notre république.La Constitution de la Ve République définit un équilibre fragile, qui repose sur des ajustements subtils, avec un pouvoir exécutif fort, voulu par le général de Gaulle pour assurer l’efficacité de l’action du Gouvernement. Cependant, la Ve République est un régime parlementaire. À ce titre, le Parlement doit contrebalancer la puissance de l’exécutif. Comment assurer cet équilibre ? En ayant des figures politiques identifiées et solidement ancrées dans un territoire, afin de compenser le jacobinisme républicain. C’est pourquoi le scrutin majoritaire a été consacré. Il s’agissait de rompre avec le régime des partis et de faire émerger de fortes personnalités politiques.Qu’on le veuille ou non, l’exercice simultané de fonctions politiques nationales et locales constitue un ajustement subtil, mais il est essentiel à la Ve République. Le cumul n’est pas un gros mot mais une spécificité de la culture française. En coupant les racines locales des parlementaires, nous avons fait vaciller l’écosystème fragile de notre édifice républicain.
M. Henri Alfandari (HOR). Aujourd’hui, nous vous proposons non de revenir sur la loi organique de 2014 interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec le mandat de député ou de sénateur, mais d’offrir une liberté. Nous vous proposons de permettre à ceux d’entre nous qui le peuvent et le souhaitent, quels que soient leur histoire, leur âge ou leur parcours, de s’engager au sein d’un exécutif local pour se confronter, sur le terrain, à l’exercice du pouvoir. Il s’agit de permettre à tous les parlementaires d’accompagner un exécutif local, en tant qu’adjoint au maire ou en tant que vice-président d’une collectivité.Cependant, un constat s’impose : le travail parlementaire a changé. Le calendrier législatif dans le cadre d’une majorité relative et le développement des autres missions du Parlement, à savoir le contrôle et l’évaluation des politiques publiques, nous imposent un rythme plus soutenu que par le passé. C’est pourquoi nous ne jugeons pas opportun de permettre à nouveau le cumul avec la tête d’un exécutif local. L’idée est donc non pas d’abroger le régime issu de la loi de 2014, mais de l’assouplir.Le sujet soulève des questions bien plus vastes : agenda législatif ; statut de l’élu ; cumul horizontal – parfois débridé ; réforme des collectivités ; renforcement des libertés locales. Resteront également la question des moyens consacrés au travail des élus ou encore celle du nombre de conseillers municipaux. Toutefois, ce n’est pas cela dont il s’agit de débattre aujourd’hui. Dans le cadre d’une niche parlementaire, il fallait faire un choix, et je sais par avance que cette proposition de loi ne pourra corriger à elle seule tous les déséquilibres de l’exercice démocratique.Dans l’esprit des rédacteurs de la loi de 2014, l’idée n’était pas tant de renouveler la classe politique que de promouvoir l’exercice à plein temps du mandat parlementaire. Or, en réalité, c’est non pas le mandat, mais la vie politique qui est à plein temps ! Il faut sortir de cette fiction qui consiste à dire qu’un parlementaire est un individu isolé : un parlementaire ou un élu local, c’est une équipe. L’exercice du pouvoir, c’est savoir décider mais aussi savoir déléguer. Lorsqu’un grand chef d’entreprise mène de front la gouvernance d’une grande société et celle de ses filiales, il est salué pour ses qualités de manager. Lorsqu’un salarié ou un agent de la fonction publique assume plusieurs missions pour animer des équipes, c’est un bon collègue. Les traitera-t-on de cumulards ?L’idée n’est pas de prétendre qu’il faut absolument multiplier les responsabilités locales pour avoir la légitimité de légiférer ; c’est faux. Chacun d’entre vous a une expérience propre, qui enrichit cet hémicycle. Il s’agit simplement de dire que les députés qui connaissent l’exercice du pouvoir local ont une expérience précieuse et qu’il serait très dommage de s’en priver.Au fond, il y a une hypocrisie dans notre système politique : on voudrait sans cesse s’enorgueillir de la diversité des profils à l’Assemblée, mais on exclut de fait ceux-là mêmes qui s’engagent jour après jour dans l’action publique sur le terrain, au service de leurs concitoyens. Au nom de quel principe faudrait-il ouvrir les hémicycles à la société civile mais en fermer les portes aux élus locaux ? Est-ce à dire que le fait d’avoir une expérience de l’action publique est une chose honteuse, un danger pour nos institutions ? Pourquoi priver cette caisse de résonance qu’est le Parlement des voix de ces femmes et de ces hommes qui, bien souvent, ont choisi de donner leur vie au bon fonctionnement de la cité ? Soyons sérieux, tout cela est dépourvu de sens !En commission, certains ont pu dire qu’un élu de la République ne pouvait pas réunir en sa personne toutes les expériences humaines, qu’on ne pouvait pas attendre de lui qu’il soit médecin pour légiférer sur la santé, ingénieur pour légiférer sur l’énergie. Ils ont raison sur le principe, mais le débat n’est pas là. Il s’agit non pas de raisonner à l’échelle individuelle, mais de constater que le Parlement est un ensemble de personnes et que, si l’on additionne les expériences individuelles, on doit aboutir à une diversité de compétences utiles à la société française.Or la société française, c’est avant tout des territoires, des communes, des régions, des départements. L’action publique locale n’est pas un sujet annexe ; elle est au cœur des politiques publiques nationales et au cœur du quotidien des Français. Elle mérite une place au sein du Parlement, et cela passe nécessairement par une expérience personnelle de certains élus.Certains ont pu indiquer que rien n’empêche aujourd’hui un parlementaire d’occuper un mandat de conseiller municipal, départemental ou régional, et que cela suffit à assurer un ancrage local.
M. Henri Alfandari (HOR). En effet, il existe une différence manifeste entre la simple appartenance à une assemblée délibérante et l’engagement au sein d’un bureau exécutif local. Celui qui est confronté aux difficultés de sa collectivité, celui qui « met les mains dans le cambouis », est en mesure de pleinement se rendre compte des difficultés concrètes d’application de la loi. C’est aussi bien souvent l’exécutif local qui est le plus identifié par la population.Bien sûr, on pourra toujours dire que cette loi ne concernerait au maximum que 925 parlementaires dans une société qui compte plus de 30 000 communes. C’est oublier qu’une commune fait partie d’une intercommunalité et entretient des rapports avec un conseil départemental, une région, un préfet – bref, un écosystème d’élus locaux.À tous ceux qui nous diront que le parlementaire peut très bien avoir eu une expérience passée au sein d’un exécutif local et que cela suffit à assurer la connaissance de l’exécutif local, je répondrai deux choses. Premièrement, nous sommes bien placés pour le savoir, le droit change constamment ; la vie politique locale est un contrat sans cesse renouvelé entre les élus et les citoyens. L’expérience qu’on a pu acquérir il y a dix ans, si précieuse soit-elle, n’est souvent plus en phase avec la réalité du terrain, du fait, entre autres, d’un environnement normatif, législatif et réglementaire en perpétuelle inflation. Deuxièmement, l’interdiction du cumul a entraîné une crise des vocations. Nous courons le risque, à terme, que les élus de proximité se désintéressent de la politique nationale et disparaissent totalement des hémicycles.On nous rétorquera sûrement que le peuple a horreur du cumul,…
M. Henri Alfandari (HOR). …que cette loi serait impopulaire. Qu’en savons-nous ? Une seule chose est certaine : depuis 2014, la confiance envers les parlementaires a chuté de cinq points. Visiblement, le problème n’était donc pas là. Laissons l’électeur décider par lui-même si l’exercice simultané de mandats est profitable ou non à nos institutions !Les parlementaires « à temps plein » voulus par les défenseurs de la loi de 2014 n’ont pas échappé aux critiques, parfois acerbes, de nos concitoyens. « Désincarnés », « hors-sol », « déconnectés », les adjectifs ne manquent pas pour exprimer un sentiment d’éloignement croissant entre le citoyen et l’élu de la nation – adjectifs ô combien immérités, car je connais l’engagement constant de chacun de vous dans vos circonscriptions ! Néanmoins, nous ne pouvons pas nous voiler la face ; nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réflexion sur notre place dans les institutions.Or quelle est notre place dans les institutions ? Comment exister sur le terrain face à des préfets et à des élus locaux qui semblent souvent plus accessibles, plus proches de nos concitoyens – peut-être parce qu’ils sont « à portée de baffe », comme le dirait Gérard Larcher ? Comment exister au plan national lorsque les élections législatives sont parfois perçues comme un simple troisième tour de l’élection présidentielle ?On nous rétorquera que le but officieux de ce texte est d’accumuler sans fin les indemnités. Pourtant, depuis 1992, aucun élu de ce pays ne peut recevoir plus d’une fois et demie l’indemnité d’un parlementaire.
M. Henri Alfandari (HOR). Outre qu’il est populiste et de mauvaise foi, cet argument masque le fait que le cumul permet en réalité une diminution de la dépense publique : un élu qui cumule deux mandats ne perçoit pas la totalité des indemnités prévues, tandis que deux élus distincts percevront chacun la totalité de l’indemnité prévue.
Mme la présidente (RN). Je vous prie de conclure, mon cher collègue.
M. Henri Alfandari (HOR). Peut-être ce texte n’est-il pas dans l’air du temps, mais nous l’assumons, car nous sommes mus par la conviction profonde que l’ancrage territorial des parlementaires est inscrit dans l’ADN de la Ve République. Nous l’assumons et nous sommes prêts à le défendre. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, RN et LR ainsi que sur certains bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RN). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des collectivités territoriales et de la ruralité.
Mme Dominique Faure. Depuis 2017, moment où la loi du 14 février 2014 est entrée en vigueur, nous avons toutes et tous été soit des élus locaux à temps complet, soit des parlementaires à temps complet. Tel avait été l’objectif visé par le gouvernement d’alors. Devant vous et devant le Sénat, M. Valls avait justifié l’interdiction du cumul d’une fonction exécutive locale avec un mandat parlementaire par la volonté de « rétablir la confiance » entre les Français et leurs élus. Je dois dire qu’à titre personnel j’ai compris cette volonté et partagé cet objectif. Je veux vous dire pourquoi en deux mots.Le cumul des mandats était, de longue date, une réalité de notre vie politique. Il avait fini par susciter des critiques, bien sûr, mais aussi un imaginaire. Un discours était né autour de ceux que l’on appelait tout simplement des « cumulards ».
Mme Dominique Faure. Ce discours portait atteinte à la dignité même des élus, et je considérais alors que cela fragilisait la République et notre pacte démocratique.J’ai vraiment partagé alors cet objectif. J’ai moi-même exercé un mandat de maire dans une commune de 14 000 habitants, et je sais à quel point cela nécessite du temps et de l’énergie, si l’on veut faire vivre sa collectivité, la développer, au rythme des attentes de nos concitoyens. L’idée de consacrer tout mon temps et toute mon énergie à mon mandat relevait de l’évidence. Ce qui était pertinent pour moi devait sans doute l’être pour d’autres élus locaux, et cela amenait donc assez naturellement l’idée d’une interdiction du cumul.Ce choix, je l’ai aussi partagé comme membre de la majorité présidentielle. Le Président de la République et la majorité ont souhaité le préserver comme un élément fort de notre projet pour la démocratie française, que je suis fière d’avoir soutenu.Vous le comprenez, ce choix répondait, à mon sens, à une logique et à une volonté profonde de modernisation et de renouvellement de notre vie politique. Je pense qu’il était nécessaire pour rallumer l’étincelle de la confiance et commencer, grâce à d’autres mesures prises à l’époque, à refonder notre pacte démocratique. Je crois d’ailleurs que cela a fonctionné concrètement : si la crise démocratique est profonde, bien entendu, et appelle de notre part une mobilisation totale, je crois que nos concitoyens nous ont reconnu le mérite d’avoir fait ce choix et d’avoir su faire évoluer l’équilibre existant.Quand le législateur fait un choix de ce type, il n’entrevoit pas nécessairement tout de suite ses conséquences à moyen ou à long terme. Les institutions ont leur temps propre. Or je dois dire que, depuis sept ans, j’ai vu notre fonctionnement avec les territoires évoluer : l’ancienne donne, à laquelle la possibilité du cumul nous avait habitués, a disparu ; les relations entre les préfets, les administrations centrales, les parlementaires et les élus locaux se sont modifiées ; c’est un nouvel équilibre.Dans cet équilibre, chacun est mieux concentré sur sa mission propre : les élus locaux, d’un côté, ont réinvesti d’autres fonctions exécutives au niveau local, dans les intercommunalités, les syndicats, les départements ; les parlementaires, de l’autre, ont réinvesti eux aussi certaines missions du Parlement, notamment en matière de contrôle et d’évaluation.Dans cet équilibre, je crois que nous ressentons tous, sans peut-être l’exprimer de la même façon, une forme de séparation entre, d’une part, les territoires et les collectivités et, d’autre part, la représentation nationale et l’État. La possibilité de cumuler un mandat local et un mandat national a longtemps été une façon pour l’État central et les territoires de se parler, d’entretenir des relations informelles et fluides. C’est sans doute ce sentiment de coupure qui ramène devant vous, sept ans plus tard, la question du cumul d’une fonction exécutive locale et du mandat parlementaire.Je le dis d’emblée, je récuse l’idée selon laquelle les parlementaires seraient « hors-sol ». (Mme Anne Brugnera et M. Benoit Mournet applaudissent.) En tant que maire, je les ai vus, membres de l’Assemblée ou du Sénat, arpenter les territoires et s’y démener pour apporter des solutions. En tant que membre du Gouvernement, je vous vois, vous, députés, dans les mêmes dispositions. Vous avez mille façons de vous investir, au quotidien, dans votre territoire, et je tiens à vous en rendre hommage.En tant que ministre déléguée chargée des collectivités territoriales, depuis dix-huit mois, je constate aussi que les collectivités sont à l’origine d’un nombre croissant de politiques publiques et de décisions ; elles sont à cet égard « le premier kilomètre ». C’est la conséquence de la décentralisation, qui est devenue notre mode normal d’organisation politique. Le maire soutient des projets pour sa commune, et l’État l’accompagne par un financement ou de l’ingénierie. Les collectivités sont en outre impliquées dans la mise en œuvre de toutes les politiques publiques de l’État ; elles sont alors « le dernier kilomètre ».Il y a donc un enjeu dans le fait que les élus qui pilotent les collectivités soient conscients des contraintes politiques et budgétaires du pays et les partagent solidairement avec nous. Réciproquement, il y a un enjeu, plus fort encore, dans le fait que nous intégrions mieux les contraintes de la mise en œuvre des politiques publiques quand nous les concevons ici, Gouvernement et Parlement.La réintroduction d’un possible cumul entre une fonction exécutive locale et un mandat parlementaire, souhaitée par les auteurs de la présente proposition de loi, est un élément de réponse à la nécessité de rétablir des liens entre les différents échelons de l’action publique, en les associant davantage l’un à l’autre dans leur activité quotidienne.L’exercice d’un mandat exécutif au niveau local ouvre, bien sûr, des perspectives sur la mise en œuvre des politiques publiques ; il permet de mieux voir les effets concrets de la loi et les besoins précis des acteurs qui sont chargés de l’appliquer. La présence d’un parlementaire parmi les élus locaux d’un territoire permet de mesurer davantage les objectifs et les contraintes du Gouvernement et du Parlement. Ce besoin de compréhension mutuelle est plus que jamais actuel et nécessaire. La crise démocratique que j’évoquais tout à l’heure se nourrit de notre incapacité à transformer les décisions nationales en actions locales et à donner toute sa place à l’initiative locale. Ce contexte très spécifique nous oblige à trouver une façon de mieux faire dialoguer les différents niveaux d’organisation et pose donc la question du cumul des mandats.Trouvant la question légitime et pertinente, je n’ai pas de réponse toute faite à vous apporter. Il y a plusieurs façons d’aborder la question du cumul entre mandat local et mandat national : le champ des mandats concernés par un éventuel cumul, la taille des collectivités, les incidences sur le fonctionnement du Parlement sont des points qui nécessitent une véritable discussion et un débat ouvert. C’est pour éclairer ce débat que le Président de la République a demandé à votre collègue Éric Woerth, qui mène actuellement une mission sur la décentralisation, de formuler des propositions sur le sujet. Ce travail, avec les débats que vous aurez ici et ceux qui pourront se tenir ailleurs, nous permettra de peser le pour et le contre de chacune des options et de chacune des solutions. Comme toujours, je suis persuadée que c’est dans la confrontation des points de vue que nous bâtirons la décision collective la plus adaptée et celle qui tiendra le mieux compte des enjeux que j’ai évoqués au début de mon propos, à savoir la poursuite de la modernisation de notre vie politique et le renforcement des liens entre les territoires et la vie politique nationale.Vous l’aurez compris, nous avons l’intention de laisser le débat se tenir ce soir. Ce débat doit avoir lieu. Il est normal et il est sain ; il ne faut pas le refouler.
Mme Dominique Faure. J’ai besoin, le Gouvernement a besoin de vous entendre débattre et échanger. Ainsi, nous verrons les lignes de partage et nous nourrirons les décisions collectives qui suivront la remise du rapport d’Éric Woerth. Le temps de cette proposition de loi, c’est le temps du débat. C’est un premier temps ; il y aura d’autres temps. Pour laisser ce débat se dérouler, je souhaite m’en remettre à la sagesse de l’Assemblée sur la présente proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et HOR.)
Discussion générale
Mme la présidente (RN). Dans la discussion générale, la parole est à Mme Naïma Moutchou.
Mme Naïma Moutchou (HOR). Ce n’est pas un hasard si le groupe Horizons propose de débattre d’un rééquilibrage entre l’exercice d’une fonction exécutive locale et celui d’un mandat national. Le malaise démocratique en cours, que plus personne ne nie aujourd’hui, est en grande partie lié à la question de la représentativité du peuple et des territoires. C’est un sujet particulièrement cher à mon groupe, et nous partageons cette préoccupation avec de nombreux autres parlementaires, comme mon ami Karl Olive et nos partenaires du Sénat.Évidemment, aborder la question du cumul des mandats, même si les Français y sont de moins en moins défavorables, ce n’est pas populaire. Nous l’assumons, pour reprendre les paroles de M. le rapporteur. Nous ne cherchons pas à être populaires, nous cherchons à être efficaces et utiles à nos concitoyens.Si le texte de 2014 qui a mis fin au cumul était à l’époque paré de toutes les vertus, dix ans après son vote, il doit être remis sur le métier, tant il a pris du plomb dans l’aile. Nos institutions fonctionnent-elles mieux ? Les Français se sentent-ils mieux représentés ? (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe HOR.) La réponse est non. J’en veux pour preuve la distance, pour ne pas dire la défiance, entre les citoyens et les parlementaires, qui n’a pas disparu et s’est même aggravée depuis. Nous ne suscitons chez les Français que 30 % d’opinions favorables, soit deux fois moins que nos amis maires.Je ne dis pas que les parlementaires d’aujourd’hui sont tous des élus hors-sol ou des élus déconnectés – cette déconnexion est d’ailleurs une critique permanente, que l’on entendait déjà du temps du cumul –, mais il faut reconnaître que le temps politique n’est plus le même et que les élus locaux ne se confient pas toujours à leurs parlementaires, qu’ils perçoivent comme éloignés du quotidien de leur territoire et auxquels ils manifestent même, parfois, une hostilité de principe pour des raisons partisanes ou d’étiquette. Tout cela n’est pas de nature à favoriser l’implantation locale.Soyons honnêtes : sur de nombreux textes, que font les parlementaires ? Ils déposent des amendements qui visent à les raccrocher à l’échelon local en les faisant participer aux DETR – dotations d’équipement des territoires ruraux –, aux CLSPD – conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance – ou aux conseils d’administration ou de surveillance de telle ou telle structure locale, comme pour compenser. Disons-le : nous ne compensons pas grand-chose, car tous ces ajustements ne remplacent pas les échanges directs que l’on peut avoir avec les services de l’État et les services publics locaux. Ils ne remplacent pas le pouvoir décisionnaire que seule permet une fonction exécutive.Alors, pourquoi se priver d’une expérience locale dans la fabrication de la loi ? Les arguments de ceux qui refusent tout cumul, nous les connaissons. Ce sont des arguments anciens. Nous disons qu’ils ne sont pas fondés.Le cumul d’indemnités ? Le plafonnement existe déjà et nous ne proposons pas de revenir en arrière. La question est donc réglée.L’argument du manque de temps ? On ne pourrait pas être parlementaire et adjoint au maire, alors qu’il y a des interactions évidentes entre le mandat national et le mandat local, puisque l’un nourrit l’autre,…
Mme Naïma Moutchou (HOR). …alors même que l’on peut être parlementaire et médecin, parlementaire et avocat, parlementaire et agriculteur ou chef d’entreprise, qui ne sont pas parmi les métiers qui occupent le moins ? Cet argument du temps est un prétexte. À ceux qui le défendent ici, je dis : allez au bout, proposez le mandat unique ! Dites aux maires : « Vous ne pourrez pas être vice-président de département ou de région, ni président d’une intercommunalité » ! Évidemment, personne ne le propose. Nous savons tous que cette complémentarité donne de la cohérence à l’action publique. C’est pareil pour un parlementaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, RN et LR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe RE.)L’argument, plus délicat, de la féminisation des institutions ? J’ai entendu des députés dire que la fin du cumul avait permis ce grand mouvement de femmes élues au Parlement. D’abord, aucune étude ne démontre le lien entre la fin du cumul et la féminisation.
Mme Naïma Moutchou (HOR). Ensuite, pour vous dire le fond de ma pensée, je n’aime pas beaucoup l’idée selon laquelle les femmes auraient été privilégiées, discriminées positivement, pour arriver là où elles sont. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.) Quand je regarde mon groupe parlementaire, je vois des femmes qui ont été maires et qui sont devenues députées par la force de leur travail et de leurs convictions. Elles sont là pour ce qu’elles sont.
Mme Naïma Moutchou (HOR). Je le dis comme je le pense : je ne vois pas des assistées de la vie politique. J’ajoute que l’élection d’une femme comme députée – et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre – tient d’abord au choix des partis politiques au moment des investitures, et non au cumul ; à bon entendeur.
Mme Naïma Moutchou (HOR). Enfin, le prétexte de l’exception française : il n’y a qu’en France que le cumul existerait. C’est peut-être parce que notre pays est particulièrement centralisé et que, par comparaison avec d’autres démocraties, nous accordons moins de pouvoirs à des territoires circonscrits.Je questionne donc les députés qui ne sont pas favorables à ce que nous proposons. Des débats en commission des lois a émergé, notamment à gauche, soit une forme d’incompréhension, voire d’ignorance, de ce qu’est le mandat local, soit une forme de crainte, d’inquiétude, de ceux qui ne voudraient peut-être pas voir se présenter face à eux, aux prochaines élections, des élus locaux. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, RN, LR et quelques bancs du groupe RE. – Rires sur les bancs du groupe SOC.) Un peu de courage, chers collègues ! Ne redoutez pas le suffrage universel. Personne n’en parle, mais c’est à l’électeur de choisir : il a la liberté de choix, et cette liberté doit être la plus large possible. Pourquoi restreindre le suffrage universel, quand nous disons à longueur de temps que nous sommes attachés à la démocratie ? À chacun d’aller convaincre et de se montrer digne de la confiance des Français, mandat local ou pas.Notre responsabilité est de nous interroger sur tout ce qui peut améliorer la représentation nationale et son poids dans le débat public, sur tout ce qui peut rendre la loi meilleure. Ce que nous proposons n’est pas toute la solution, comme l’a dit M. le rapporteur, mais c’est, au moins, une solution. La loi de 2014 n’est pas gravée dans le marbre. Soyons capables de revoir notre copie et de corriger ce qui n’a pas produit les résultats escomptés. Ce n’est pas un retour en arrière, si nous sommes convaincus de ce que nous faisons.
Mme Naïma Moutchou (HOR). Je le répète, il y a de la place à l’Assemblée nationale pour tout le monde, pour la société civile comme pour les élus locaux. Chacun a voix au chapitre dans le débat national ; il y va de l’intérêt général. Je remercie donc M. le rapporteur de permettre le débat et de porter haut cette ambition pour le groupe Horizons. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, RN et LR et sur quelques bancs du groupe RE.)
M. Gérard Leseul (SOC-A). J’ai été élu pour la première fois en septembre 2020, à l’occasion d’une élection législative partielle, organisée à la suite de l’élection de mon prédécesseur comme maire et du renoncement de son suppléant, lui aussi élu maire. Mon prédécesseur et son suppléant de l’époque, qui a été député trois jours seulement, sont deux élus locaux connus et reconnus pour la qualité de leur travail et pour leur disponibilité. Ils ont fait le choix du mandat local, le choix du mandat municipal, départemental, et de l’action concrète.Nous sommes nombreux à être filles et fils de la loi sur le non-cumul des mandats. Pour ma part, j’en suis fier. Élu pour la première fois après une carrière professionnelle et associative diversifiée et riche, j’ai fait le choix d’un engagement total en faveur de ma circonscription et du travail parlementaire. Je ne me sens pas du tout déconnecté du territoire, bien au contraire, et j’ai été réélu. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Anne Brugnera et M. Charles Sitzenstuhl applaudissent également.)Si le texte, par son intitulé visant à renforcer l’ancrage territorial des parlementaires, semble être une excellente idée et appelle une action en ce sens, l’empathie du groupe Socialistes et apparentés ne dépassera pas le titre de la proposition de loi. (Sourires.)La mesure principale réintroduisant le cumul du mandat parlementaire avec une fonction locale exécutive, telle qu’adjoint au maire ou vice-président d’un conseil départemental ou régional, est pour nous un renoncement et une régression. La loi sur le non-cumul des mandats de 2014 permet de conserver le mandat de conseiller municipal, de conseiller communautaire, de conseiller régional et/ou de conseiller départemental. C’est le cumul avec un mandat exécutif, le plus exigeant et chronophage qui soit, qui est proscrit.L’application de la loi de 2014 a permis, d’une part, de faire émerger une nouvelle génération de députés et de sénateurs ; d’autre part, elle a permis, à mon sens, d’améliorer le travail parlementaire, comme l’a dit le rapporteur dans son discours introductif, et elle aurait permis de revaloriser le rôle du Parlement si l’exécutif était plus ouvert au dialogue et moins pétri de certitudes.Je suis député à 100 %, entre Paris et ma circonscription, comme chacun d’entre vous. Je n’arrive pas à imaginer comment il me serait possible d’exercer un autre mandat exécutif local sans réduire mon niveau d’engagement dans le mandat parlementaire, dans sa pleine diversité fonctionnelle. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Ludovic Mendes applaudit également.)En revanche, je vous rejoins pour dire que nous nous sommes arrêtés au milieu du chemin. Après le non-cumul des mandats, il aurait fallu poursuivre la réflexion, en investissant davantage le rôle local du député, qui reste un impensé juridique dans notre Constitution. Si les sénateurs ont, constitutionnellement, le rôle de représentants des collectivités locales, les députés n’ont pas de rôle constitutionnel dans leur circonscription. Dans la pratique et par notre élection dans une circonscription, nous avons pourtant un rôle clair de représentation de cette mini-France qu’est notre territoire d’élection.Plutôt que de réintroduire une partie du cumul des mandats, vous auriez pu travailler sur la clarification et le renforcement du rôle local du député, qui rencontre, chaque semaine, chaque jour, ses concitoyens, les entreprises, les associations, les collectivités locales et les corps intermédiaires,…
M. Gérard Leseul (SOC-A). …et qui les écoute, les accompagne et évalue à leur contact l’effectivité et l’opportunité des dispositions législatives et réglementaires discutées et votées dans cette enceinte. Par cette action permanente, le parlementaire n’est pas déconnecté des réalités de la vie de ses concitoyens. L’exercice d’un mandat exécutif local dans une seule commune de sa circonscription n’apporterait pas une meilleure connaissance des réalités du terrain. Au contraire, cet exercice pourrait être de nature à nourrir une interrogation sur un éventuel conflit d’intérêts local.Le travail pendulaire entre Paris et la circonscription me paraît tellement précieux qu’il me semble impossible d’amarrer le député à la seule dimension locale. Il doit être au service à la fois de sa circonscription dans son entier et de la nation.Chers collègues, la connexion au terrain ne se décrète pas, elle s’exprime à travers notre engagement quotidien dans notre circonscription. Les députés du groupe Socialistes et apparentés ne soutiendront pas cette proposition de loi de régression, qui se trompe de cible, et défendront un amendement de suppression de son article unique. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR-NUPES.)
Mme Elsa Faucillon (GDR-NUPES). Le contenu de cette proposition de loi ne correspond pas à son titre, du moins ne parvient-il pas à atteindre l’objectif affiché. Ce texte vise à restreindre le champ des fonctions exécutives locales incompatibles avec le mandat de député ou de sénateur. Ce faisant, il revient sur la loi du 14 février 2014, qui a limité drastiquement les possibilités de cumul de mandats pour les parlementaires. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine avait voté en sa faveur, estimant que ce changement permettrait aux parlementaires d’exercer pleinement leurs prérogatives. Je ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait beaucoup de députés et de sénateurs qui considèrent avoir du temps en trop et qui soient prêts à se consacrer à autre chose que leur mandat national.
Mme Elsa Faucillon (GDR-NUPES). Le vote de la loi, le contrôle de l’action du Gouvernement et l’évaluation des politiques publiques sont des missions qui remplissent suffisamment leurs agendas pour qu’ils s’y vouent entièrement.Ajoutons que cette réglementation plus stricte du cumul des mandats a favorisé le renouvellement des élus.La proposition de loi portée par le groupe Horizons veut rendre compatibles les mandats de parlementaires avec une fonction exécutive locale, à l’exception de celle de maire ou de président de l’organe délibérant d’une collectivité territoriale. Pourquoi défend-il un tel texte ? Reprenons les mots de M. Alfandari, dans son rapport : « La loi de 2014 n’a pas restauré le lien de confiance entre les citoyens et les parlementaires. Les Français ne cessent d’exprimer leur sentiment d’éloignement avec les parlementaires, accusés d’être déconnectés et hors-sol. »Revenir sur le non-cumul des mandats pour remédier à la crise démocratique, c’est nier, de façon bien malhabile à nos yeux, les maux plus profonds qui atteignent notre démocratie. Notons d’ailleurs que le maire, qui a été considéré pendant longtemps par nos concitoyens comme l’élu le plus ancré dans leur territoire et celui dans lequel ils avaient le plus confiance, commence, lui aussi, à pâtir de cette défiance à l’égard de la politique.Reprocherait-on moins aux parlementaires d’être déconnectés s’ils pouvaient cumuler leur mandat avec une fonction exécutive locale ? Nous ne le pensons pas. Nous sommes même convaincus du contraire. Il ne s’agit pas de nier que les parlementaires, s’ils sont l’objet de critiques, suscitent aussi, souvent par ricochet, de la méfiance de la part de nos concitoyennes et de nos concitoyens. La crise de la représentation que nous traversons n’est pas neuve mais elle s’accentue, c’est une réalité.La liste est longue des propos témoignant d’une attitude hors-sol teintée de mépris : dire qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC) ; annoncer la « fin de l’abondance » quand celles et ceux qui travaillent durement ont du mal à vivre dignement de leurs revenus ; dénoncer le « pognon de dingue » consacré aux minima sociaux ou les smicards qui préfèrent des abonnements de vidéos à la demande à une alimentation plus saine.
Mme Elsa Faucillon (GDR-NUPES). Nos concitoyennes et nos concitoyens constatent également la déconnexion d’une partie des membres du Gouvernement. Un exemple nous a été fourni récemment par la sortie sur l’école publique de la ministre-éclair de l’éducation nationale. (M. Gérard Leseul applaudit.)Ils constatent aussi et surtout l’affaiblissement considérable du rôle du Parlement, affaiblissement qui n’est pas à imputer au non-cumul mais plutôt à la manière dont il est traité par l’exécutif : recours répété au 49.3, fixation de l’ordre du jour destinée à noyer et disperser les parlementaires – on le voit en ce moment – et à empêcher un suivi sérieux des textes dont l’examen est délibérément morcelé.Ce n’est pas une addition des pouvoirs qui permettra de restaurer la confiance perdue de nos compatriotes dans l’action parlementaire. Elle participerait de la dispersion voulue et souhaitée par la majorité. Pour renouer le lien de confiance entre les citoyens et les parlementaires, il faut redonner un véritable pouvoir au Parlement et, je dirai, surtout au peuple.La pratique du mandat parlementaire est tout aussi déterminante pour tisser des liens entre les députés et les citoyens. En tant qu’élus, hommes et femmes politiques, il nous revient de travailler à des propositions concrètes pour améliorer le quotidien de nos compatriotes.Après avoir dressé ces divers constats, je veux dire à quel point je suis convaincue de la nécessité impérieuse de passer à un nouvel âge démocratique, à une nouvelle République. Je vous renvoie aux propositions que nous avons mises depuis un certain temps sur la table : revaloriser le rôle et le fonctionnement de notre parlement, inverser le calendrier électoral pour redonner au Parlement son autonomie, casser la monarchie présidentielle, renforcer les collectivités territoriales, favoriser la démocratie au sein des entreprises, donner plus de pouvoir aux comités d’usagers, lancer un référendum d’initiative populaire effectif. Ce sont autant de chantiers urgents qu’il faut mener. La résorption de la fracture entre les représentants élus et les citoyens implique également de remédier aux déficits de représentativité politique et sociologique de la représentation nationale.Renouer des liens de confiance entre les citoyens et leurs élus nous apparaît comme une nécessité, mais ce n’est pas cette proposition loi qui nous permettra d’y parvenir. C’est pourquoi le groupe Gauche démocrate et républicaine-NUPES votera contre. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
M. Ludovic Mendes (RE). Le texte soumis à notre discussion propose un retour au cumul des mandats. Mon honnêteté intellectuelle m’oblige à vous dire qu’à titre personnel, j’y suis foncièrement opposé. (Mme Christine Pires Beaune applaudit.)Il est difficile de comprendre pourquoi ce débat est remis sur la table, tant il apparaît comme une régression. Les objectifs qui ont conduit à l’instauration du non-cumul des mandats en 2014 restent les mêmes dix ans après : favoriser une moindre concentration du pouvoir, permettre aux femmes d’être plus présentes et surtout encourager une diversité et un renouvellement des représentants politiques. Je pense qu’aucun d’entre nous, quels que soient les bancs où il siège, ne remettrait en cause ces objectifs.Certes, notre système de représentation est malade, les citoyens ne votent presque plus et ne croient plus en la politique, mais il serait naïf de croire que remettre en vigueur le cumul des mandats permettrait de résoudre ces problèmes. En outre, comment penser, alors qu’il existe une crise de confiance envers les représentants, qu’octroyer par nous-mêmes, pour nous-mêmes et à nous-mêmes la possibilité de cumuler plusieurs mandats permettra de renouer avec nos concitoyens, ce que justement propose ce texte ?J’entends également souvent l’expression de « député hors-sol » pour justifier ce retour au cumul des mandats. Hors-sol, vraiment, quand 50 % des parlementaires sont élus locaux ? Posez-vous la question. (Mme Anne Brugnera et M. Charles Sitzenstuhl applaudissent.) Je citerai ici Machiavel : « C’est ici l’occasion de remarquer qu’on peut inspirer la haine aussi bien par les bonnes œuvres que par les mauvaises. »Ce jugement purement démagogique, à l’emporte-pièce, exprimé dès que l’on est insatisfait d’un projet de loi, vient attaquer des parlementaires qui, au quotidien, se dévouent entièrement à leurs fonctions, bien souvent au détriment de leur vie personnelle.Cumuler un mandat de parlementaire avec d’autres fonctions exécutives nous conduirait à nous éparpiller, alors que l’on sait déjà à quel point nos agendas sont déjà contraints. De plus, un parlementaire qui sait écouter les forces vives de sa circonscription n’a pas besoin d’être un élu local pour être au fait des problématiques ou des innovations qui lui sont propres. Cela a été rappelé lors des débats en commission des lois : le mandat de parlementaire est avant tout ce que nous en faisons. Avancer qu’il faut avoir un mandat local pour se rendre compte des réalités locales me paraît être à cet égard un raisonnement un peu trop simpliste.
M. Karl Olive (RE). C’est une position personnelle que vous exprimez ici !
M. Ludovic Mendes (RE). Cette dispersion des forces et des objectifs qu’entraînerait ce retour au cumul n’est pas acceptable. Elle est même contre-productive si nous voulons atteindre les buts que nous devons nous fixer en tant que représentants du peuple. Notre pays mérite une réforme plus profonde et surtout plus ambitieuse. Soyons de ceux qui auront su trouver les remèdes pour mettre fin à cette crise démocratique et non de ceux qui ont été les fossoyeurs de notre démocratie représentative. Car c’est bien de la fin de celle-ci qu’il est question.Certains me diront que je suis pessimiste et défaitiste : je leur répondrai que je suis réaliste. Le faible taux de participation aux différentes élections entraîne une crise de légitimité, qui suscite, à son tour, une méfiance généralisée envers les élus. Cet effet mécanique négatif se répercute sur nos décisions et nos propositions de loi : nous cherchons la solution miracle.Je crois que cette proposition de loi est motivée par la volonté sincère de guérir notre pays de la crise démocratique qu’il traverse. Toutefois, j’estime que ce n’est pas ainsi que nous réglerons le problème dans sa globalité. Que nous faut-il ? Un choc de démocratie !Nous devons continuer notre combat en faveur d’une meilleure parité. Nous progressons mais certaines femmes sont encore exclues de toute responsabilité, ce qui est inacceptable. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
M. Ludovic Mendes (RE). Notre assemblée montre l’exemple : la parité est presque atteinte et des députées occupent diverses fonctions de décision, à commencer par la présidence de l’Assemblée nationale. Mon vœu est que la parité soit consolidée dans les faits, à chaque élection, et que nous n’ayons plus à l’imposer par la loi. Plus notre pays comptera de postes exécutifs occupés par des femmes, plus il sera grandi.Notre autre ambition doit être de renforcer le rôle du Parlement. Poursuivons la voie tracée par la révision constitutionnelle de 2008, qui a accru les pouvoirs du Parlement. Offrons-lui plus de maîtrise dans le cheminement de la loi. Repensons l’organisation du débat parlementaire. Il m’est arrivé de discuter avec certains collègues parlementaires d’autres pays : tous ont été étonnés par notre fonctionnement qu’ils considéraient, à l’évidence, comme inefficace et contraignant.Entamons ensuite une refonte du mode de scrutin des élections locales. Personnellement, je suis favorable à une application de la proportionnelle intégrale aux élections locales ainsi qu’au non-cumul dans le temps, pour tous. Cette ambition redonnerait de la vitalité à des mandats, qui semblent parfois s’essouffler.Après avoir dit cela, il est essentiel de se mettre à la place des Français. Comment perçoivent-ils cette proposition de retour au cumul des mandats ? Négativement ! En effet, 67 % d’entre eux, selon un récent sondage, sont contre. Encore une fois, nos collègues du RN, qui disent être du côté du peuple, vont agir contre lui. La girouette qui guide leurs idées n’en finit plus de changer de sens. (Protestations sur les bancs du groupe RN.)Cette proposition de loi, qui a pour but de rapprocher les Français des parlementaires, risque d’avoir l’effet inverse. Le pouvoir obstrue la pensée et encourage à en posséder toujours plus.Chers collègues, ne soyons pas tentés par cette proposition de loi : elle peut apparaître séduisante de prime abord mais, après analyse, elle se révèle totalement contre-productive. Ne nous trompons pas, c’est la démocratie représentative qui est visée. Cette représentativité n’a peut-être pas assez évolué, elle nécessite certainement des ajustements, soyons-en conscients, mais ne nous laissons pas attirer par un retour dans le passé alors que nous sommes en train de construire l’avenir.Le groupe Renaissance, dans sa majorité, est contre cette proposition de loi mais laissera à chacun de ses membres sa liberté de vote. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe RE.)
M. Karl Olive (RE). Ce n’est pas sérieux : c’est votre position personnelle que vous avez exposée !
M. Bruno Bilde (RN). Les lois de décentralisation de 1985, de 2000, jusqu’à celle de 2014 interdisant l’exercice de fonctions exécutives locales par un député ou un sénateur avaient pour ambition d’améliorer la transparence de la vie politique et de renouer le lien entre les électeurs et les parlementaires. Dix ans après, force est de constater que ces objectifs ne sont pas atteints alors qu’il avait été affirmé que le cumul des mandats était le grand responsable de la crise de confiance entre nos concitoyens et leurs représentants au Parlement. L’abstention atteint désormais des niveaux tels qu’elle remet en cause la légitimité même de certaines élections, et le fossé se creuse entre les citoyens et les élus.Les Français ont pleinement conscience du fait que la loi de 2014 a fait son temps. Dans un sondage de l’institut CSA du 6 mars dernier, ils sont 57 %, monsieur Mendes, à être favorables, quel que soit leur bord politique, à la suppression du non-cumul des mandats.
M. Bruno Bilde (RN). Beaucoup de députés n’ont aucun ancrage local et ne sont pas présents sur le terrain. Peu à peu, c’est l’administration qui prend la place laissée vacante. La suppression du cumul n’a renforcé ni l’indépendance ni les pouvoirs du Parlement, bien au contraire.Le texte examiné a pour ambition de maintenir vivant le lien entre les citoyens et leurs élus, en proposant qu’il soit de nouveau possible de cumuler un mandat national avec un mandat exécutif local, à l’exception de celui de maire et de président de conseil départemental ou régional.Si cette proposition de loi manque d’ambition et reste largement incomplète, son application serait un premier pas dans la lutte contre la déconnexion des parlementaires. Depuis la loi de 2014 interdisant le cumul des mandats, notre démocratie n’est pas en meilleure santé. Son état a, au contraire, eu pour effet de renforcer la défiance de certains Français qui estiment être abandonnés et ne plus être représentés au Parlement.Le cumul des mandats a perdu la verticalité qui permettait à un député-maire d’appliquer concrètement au niveau local les lois à l’élaboration desquelles il participait. Désormais se développe le cumul horizontal, laissant perdurer de véritables baronnies locales d’élus, qui multiplient les mandats électifs locaux.
M. Bruno Bilde (RN). On peut ainsi être maire de Nice, président de la métropole de Nice – une des plus importantes de France – et président délégué du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Incroyable ! Pour prendre un exemple tiré de ma circonscription, on peut être maire de Liévin, vice-président de l’agglomération et vice-président du conseil départemental du Pas-de-Calais, mais on ne peut pas être député et adjoint au maire. C’est délirant !Il existe également des députés qui cumulent leur activité et un emploi tel qu’avocat, professeur ou agriculteur. C’est certainement une plus-value pour le débat public et pour la vie démocratique, mais pourquoi interdire à un député d’être adjoint au maire de sa commune ? C’est incohérent.L’implantation locale est essentielle pour maintenir un lien fort avec le territoire. Seul un élu local est clairement identifié par les électeurs et peut comprendre les réalités du terrain. (M. Ludovic Mendes s’exclame.) C’est aux électeurs et à eux seuls de décider en qui ils placent leur confiance.L’ancrage local est un moyen de renforcer la légitimité des parlementaires, tout en leur offrant un poids politique supérieur, et donc davantage d’indépendance face à l’exécutif.Sans revenir sur l’interdiction pour un parlementaire de cumuler plus d’une fonction exécutive locale, cette proposition de loi rend possible la complémentarité entre un mandat parlementaire et celui d’adjoint au maire. C’est aux électeurs de constater le succès ou l’échec de leur représentant et de lui renouveler ou non leur confiance le moment venu.Si le texte va dans le bon sens, il s’arrête néanmoins au milieu du gué et ne remédie qu’à une petite partie du déséquilibre démocratique actuel. Ainsi, il ne contient rien sur la proportionnelle, pourtant promise à chaque élection présidentielle. Le sentiment de certains Français de ne pas être réellement représentés a favorisé l’apparition de mouvements de rue. Le maintien du scrutin majoritaire est quasi unique en Europe et apparaît désormais anachronique.
M. Bruno Bilde (RN). L’abstention et la défiance diminueront lorsque les Français auront le sentiment d’être légitimement représentés, non par des élus déconnectés du réel, mais par des parlementaires possédant un véritable ancrage local. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente (RN). La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente (RN). Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :Suite de la discussion de la proposition de loi organique visant à renforcer l’ancrage territorial des parlementaires ; Discussion de la proposition de loi visant à valoriser la réserve communale de sécurité civile ; Discussion de la proposition de loi visant à flécher l’épargne non centralisée des livrets réglementés vers les entreprises du secteur de la défense nationale.La séance est levée.