Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). Pour que notre destin commun soit grand, pour qu’il soit beau, c’est un changement radical dont nous avons besoin. En effet, vos capitulations successives ont amoindri la France. Elle doit reprendre son souffle, mais aussi sa place dans le concert des nations. La France était une boussole au niveau international ; sa parole, autrefois écoutée, a été abîmée par la présidence d’Emmanuel Macron. (Mme Sandra Regol applaudit.) Alors que la Cour internationale de justice (CIJ) alerte l’opinion sur le risque de génocide dans la bande de Gaza, la place de la France est claire : elle est du côté du droit, de la raison, de la paix et de la vie. (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). La France doit activement œuvrer au retour des otages et exiger fermement un cessez-le-feu immédiat et permanent. (Mêmes mouvements. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)Victor Hugo définissait la France de 1789 comme « une grande lumière mise au service d’une grande justice ». Nous, écologistes, nous battrons sans relâche pour que la France redevienne la nation qui lutte de manière acharnée contre les inégalités. Nous nous battrons pour qu’elle se dresse enfin contre l’accaparement des terres et de l’eau, pour qu’elle reste une terre d’accueil, qui protège et nous rend fiers. Nous continuerons à nous battre pour une certaine idée de la France, la France qui ose, la France qui n’a pas peur, la France qui s’entraide. Malgré vous, malgré vos annonces rétrogrades, nous continuerons à faire vivre la lumière de la France. (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et GDR-NUPES.)
M. André Chassaigne (GDR-NUPES) (GDR-NUPES). Lors de sa réélection en avril 2022 face au Rassemblement national, le président Macron avait déclaré : « Ce vote m’oblige pour les années à venir ».
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). Depuis, cet engagement n’a trouvé d’écho ni dans sa politique ni dans sa pratique du pouvoir. Les élections législatives avaient pourtant confirmé la nécessité, pour le camp présidentiel privé de majorité absolue, de gouverner autrement et de rééquilibrer les pouvoirs. Le mandat de Mme Borne s’est au contraire inscrit dans la continuité d’habitudes brutales, avec en guise de « pratiques nouvelles » vingt-trois 49.3. Et s’il fallait attribuer une palme en la matière, elle serait décernée au 49.3 qui s’est abattu sur le texte relatif à la réforme des retraites malgré l’opposition de 80 % des Français et de la majorité de l’hémicycle. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES. – Mme Raquel Garrido applaudit également.)
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). Violence institutionnelle et reniement des engagements : tel est le résumé de ce début de quinquennat, lequel a culminé en donnant à l’extrême droite une victoire idéologique majeure (Mêmes mouvements), en cédant toute honte bue aux fantasmes, par l’adoption d’un texte sur l’immigration contraire à la loi fondamentale, qui crée un appel d’air pour le racisme tout en fragilisant notre État de droit. Certes, plus d’une trentaine de mesures ont été censurées par le Conseil constitutionnel,…
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). …laissant derrière lui blessures et autres conséquences. (Mêmes mouvements.) Monsieur le nouveau Premier ministre, non seulement vous êtes comptable de ce triste bilan, mais vous avez été désigné comme commissaire politique par le Président de la République (Protestations sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR) pour poursuivre l’œuvre entamée. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.) Il vous a rappelé le 16 janvier que le détenteur suprême du pouvoir exécutif, c’est lui ! Vous venez de le confirmer : avec votre gouvernement mondain et de l’entre-soi (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES), vous servirez sa politique, elle-même au service des riches et creusant toujours davantage les inégalités, sans jamais douter, avec fierté, dites-vous – en réalité avec arrogance. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR-NUPES.)C’est cette feuille de route qui vous a été confiée, et la vacance de tant de ministères atteste la quintessence idéologique de ce projet politique. Alors que l’hôpital public se meurt et que le non-accès aux soins est généralisé, laissant pas moins de 6,7 millions de personnes sans médecin traitant, ce gouvernement ne compte pas de ministre de la santé de plein exercice.
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). Alors que le nombre de travailleurs pauvres et d’emplois précaires explose, que les réformes récentes et à venir menacent l’existence même d’un droit à l’assurance chômage, ce gouvernement ne compte pas de ministre du travail de plein exercice. Alors que la France traverse une crise du logement d’une ampleur inédite, que le nombre de personnes sans domicile a doublé en dix ans, que 3 000 enfants dorment dans la rue, que 18 % de la population vit dans un logement insalubre, ce gouvernement ne compte toujours pas de ministre du logement. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.)
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). Alors qu’outre-mer le taux de chômage est deux à quatre fois plus élevé que dans l’Hexagone, que s’y nourrir coûte 30 à 42 % plus cher, que s’y trouvent les plus grands déserts médicaux et que le scandale d’État du chlordécone attend la réponse de votre gouvernement, il n’y a toujours pas de portefeuille dédié à ces territoires. (Mêmes mouvements. – M. Philippe Naillet applaudit également.)Alors que notre pays a besoin de mesures radicales pour développer le transport ferroviaire et les transports en commun à la hauteur des besoins, dans l’urgence de la transition écologique, ce gouvernement ne compte pas de ministre des transports.Alors que l’école publique connaît une crise sans précédent, que près de 10 000 enseignants ont disparu depuis 2017, que la France poursuit sa chute vertigineuse dans le classement Pisa – Programme international pour le suivi des acquis des élèves –, il n’y a pas de ministre de plein exercice pour l’éducation nationale. Pire, le jour même de sa nomination, la ministre chargée de l’éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, vantait la ségrégation scolaire et le tri social, humiliant au passage les enseignants du public. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.)Votre message est clair : le règne de l’héritocratie est désormais assumé et le triomphe de l’oligarchie assuré. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES. – Mme Raquel Garrido applaudit également.) Alors que les guerres bouleversent l’ordre du monde et que l’urgence est à l’action pour la paix, nous constatons la mise sous tutelle d’un ministre des affaires étrangères qui avance pour seul atout, en vue de réussir une tâche ô combien difficile et essentielle au rayonnement de la France, d’avoir grandi à l’étranger.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Pas un mot sur ce thème dans votre discours !
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). Où sont vos propositions pour réparer notre République abîmée, apaiser notre pays déchiré, pour répondre à la souffrance de la majeure partie du peuple maltraitée ? Face au désespoir des agriculteurs, vous avez fait le pari du coup de com’ sur un ballot de paille, mais vos annonces n’ont pas plus convaincu vendredi qu’aujourd’hui. Et pour cause : aucune mesure sérieuse afin de remédier dans la durée à la situation catastrophique qu’ils affrontent ; rien de concret pour lutter contre les distorsions de concurrence nourries par l’importation massive de produits non conformes à nos normes sociales ou sanitaires ; rien concernant les effets des traités de libre-échange déjà signés – vous vous contentez d’un vague engagement à propos du Mercosur, ignorant les autres négociations en cours ; rien sur les revenus des agriculteurs, les prix planchers ou la révision en profondeur du cadre des négociations commerciales. Je vous le dis : on ne dupe pas impunément ceux qui ne veulent pas mourir pour pouvoir nourrir. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)Vous ne duperez pas non plus la majorité des Françaises et des Français, qui ne se laisseront pas impressionner par une litanie de mesurettes à court terme alors qu’ils attendent des réformes de fond porteuses de progrès social. Face à une inflation qui atteint 20 % en cumulé sur les deux dernières années – les denrées alimentaires et l’énergie subissant des pics encore plus importants –, face à la smicardisation de la France, face à la paupérisation des travailleurs, vous ne proposez rien pour revoir de fond en comble notre système fiscal et garantir une meilleure répartition des richesses et de la valeur : rien pour réduire les écarts de revenus, rien non plus pour pénaliser la rente financière et améliorer significativement le niveau de vie de l’immense majorité de nos concitoyens.Bien au contraire, vous annoncez poursuivre la casse minutieuse de notre modèle social. Vous entendez « laisser respirer » les entreprises en supprimant des normes et étouffer les chômeurs en supprimant des droits. Vous avez d’ailleurs oublié, comme par hasard, de mentionner l’augmentation à venir des prix de l’électricité et du montant des franchises médicales. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES. – Mme Raquel Garrido applaudit également.) Je vous le demande solennellement : renoncez à ces augmentations.Face au drame qui se déroule en Palestine, alors que la CIJ a reconnu le risque d’un génocide dans la bande de Gaza, la France, comme vous-même, reste désespérément silencieuse et complaisante à l’égard du gouvernement israélien. Ignorant le rôle que notre pays pourrait jouer dans cette région pour retrouver de sa grandeur passée, vous persistez dans votre refus de reconnaître l’État palestinien et d’appeler à un cessez-le-feu permanent, mais vous vous précipitez pour suspendre les aides à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa). (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Le fameux « deux poids, deux mesures » est devenu la ligne de conduite de la diplomatie française.Enfin, vous assurez vouloir être respectueux de la représentation nationale. Mais n’est-ce pas vous, monsieur le Premier ministre, qui le 4 mai dernier, de concert avec votre ministre de tutelle d’alors, M. Le Maire, inventiez l’obstruction gouvernementale afin d’empêcher l’adoption de notre proposition de loi visant à indexer la dotation globale de fonctionnement (DGF) sur l’inflation ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). L’hypertrophie présidentielle, associée à la servitude de l’exécutif et à votre pratique de la démocratie parlementaire, ne nous laisse que peu d’espoir. Votre refus de soumettre votre déclaration de politique générale au vote de la représentation nationale anéantit à lui seul (Mme Raquel Garrido applaudit) tous vos efforts en vue de convaincre des atouts que vous retireriez de votre jeunesse pour diriger ce gouvernement. Vous en avez la fougue, mais il vous manque l’essentiel : le courage et le panache ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs du groupe Écolo-NUPES. – M. Boris Vallaud applaudit également.)Quant à nous, députés du groupe GDR, communistes et progressistes des territoires dits d’outre-mer, nous resterons fidèles aux engagements que nous avons pris devant les Français. Dans le combat entre l’ombre et la lumière, nous nous opposerons au sabotage méthodique des valeurs qui ont fait la grandeur de notre pays et de notre république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Nous resterons fidèles à notre pratique parlementaire, travaillant sans relâche, ici et dans nos circonscriptions, pour être au plus près des besoins et des préoccupations de celles et ceux qui souffrent. Nous déploierons toute notre énergie pour réparer notre nation parce que nous sommes, pour reprendre les mots d’Aimé Césaire, « du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté ». C’est ce refus de la naïveté qui nous fera conclure : Thatcher, sortez du corps de notre Premier ministre ! (« Oh ! » sur les bancs du groupe RE.) Parce que, comme le dit le poète, quand on est réac, on est réac ! (Les députés du groupe GDR-NUPES se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES, dont quelques députés se lèvent.)
M. Bertrand Pancher (LIOT) (LIOT). Comme la plupart de mes collègues du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, je me suis rendu ces derniers jours à un barrage d’agriculteurs en colère pour leur témoigner notre solidarité et notre soutien. Mon passage n’était ni organisé par les services de la préfecture, ni filtré. Issu d’un territoire rural, fils d’agriculteurs, conscient des grandes difficultés qu’affronte cette profession et qui n’ont fait que croître, j’ai vu des visages graves. J’ai été frappé par leur colère, amplifiée, à l’instar de celle des professionnels de santé, des artisans ou des enseignants, par l’absence d’écoute et de concertation.Après la crise des gilets jaunes, celle des retraites puis celle des banlieues, cette mobilisation exprime – encore et encore – un appel à changer les modes de décision et une soif de transformation de notre logiciel démocratique. (Mme Raquel Garrido applaudit.) Vous n’anticipez jamais et vous ne savez pas écouter. Vous pratiquez l’entre-soi depuis les beaux quartiers de Paris, coupés de la réalité des territoires.Que nous demandent nos concitoyens ? Que le travail paie enfin et que vous maîtrisiez l’inflation qui touche de plus en plus de Françaises et de Français en difficulté. Mais ils veulent aussi une justice et un accompagnement social, plutôt que la logique du « marche ou crève » qu’il m’a semblé vous entendre défendre il y a quelques instants. (Mme Raquel Garrido applaudit.) Ils souhaitent de la simplification – le stock de normes a triplé en vingt ans et elles s’additionnent parfois au point de se contredire – et la fin de la technocratie en folie. Enfin, ils aspirent à un État qui se concentre sur ses priorités. Seuls 6 % de l’investissement public sont consacrés aux missions régaliennes. On comprend mieux pourquoi les hôpitaux, la justice, l’enseignement et les commissariats sont dans un si mauvais état.
M. Bertrand Pancher (LIOT). On comprend aussi qu’on ne prépare pas ainsi l’avenir de nos jeunes, y compris dans le domaine environnemental. Cette crise institutionnelle ne pourra se résoudre que par une réforme profonde de l’État – c’est là la priorité : un véritable choc de décentralisation, plus de consultations à travers le recours au référendum, un Parlement plus respecté, des corps intermédiaires mieux écoutés. (Mme Raquel Garrido applaudit.)Alors que la France affiche les dépenses publiques les plus importantes de tous les pays occidentaux, ses services publics fonctionnent de moins en moins bien. Quel paradoxe ! Les Français attendent des mesures fortes en matière de pouvoir d’achat, de partage de la valeur ajoutée et de participation. Ils veulent des hôpitaux qui fonctionnent, des Ehpad qui ne soient pas des mouroirs et de bonnes écoles qui ne soient pas réservées aux plus riches. (Mme Raquel Garrido et M. Benjamin Lucas applaudissent.) Comme le Président de la République s’y était engagé, nous demandons une vraie loi sur le grand âge. Une vraie politique du logement s’impose également, qui permette aux Français de se loger, de soutenir la construction et de s’engager enfin dans la rénovation énergétique, mais en regroupant et en simplifiant tous les dispositifs : c’est la seule réponse possible !Enfin, il faut prendre en considération les territoires ultramarins et les territoires ruraux, toujours oubliés ou négligés. (M. Frédéric Maillot applaudit.) Nous demandons une véritable loi de programmation pour l’outre-mer, où les coupures d’eau deviennent insupportables, autant que les difficultés d’accès aux soins dues notamment à la double insularité. Je ne vous ai pas non plus entendu évoquer l’aménagement des territoires, monsieur le Premier ministre. Vous venez de prononcer votre discours de politique générale, trois semaines après votre nomination. Vous avez dressé un long catalogue en oubliant – petit détail – que vous n’avez toujours pas de majorité et que votre gouvernement n’est toujours pas constitué. Vous n’avez d’ailleurs pas osé demander la confiance de notre assemblée. Ni les déclarations choc, ni les surenchères médiatiques et leur mise en scène, ni les réponses à l’exigence d’immédiateté des réseaux sociaux ne sauront contenter nos concitoyens, qui attendent un cap – un développement enfin humain, économique, social et environnemental – et une méthode claire, celle de l’écoute et de la concertation.Voilà sept ans que vous êtes au pouvoir. Même après tout ce temps, il n’est jamais trop tard pour bien faire : plutôt que d’égrener une liste à la Prévert, travaillons durant ces trois prochaines années sur les chantiers prioritaires, et ce en y associant tous les corps intermédiaires et les forces vives de notre pays. Nous y sommes prêts. Nous demandons un calendrier précis des réformes institutionnelles nécessaires, qui devront prévoir le transfert de compétences, y compris réglementaires, aux grandes collectivités et garantir leur autonomie fiscale : c’est la clef de la réussite de la France – sans oublier la question de l’autonomie de la Corse.Nous croyons dur comme fer, monsieur le Premier ministre, que notre pays n’est pas ingouvernable, qu’il est réformable et que rien n’est inéluctable, sous réserve que vous entendiez enfin les Français. Vous et le président Macron êtes maintenant au pied du mur. Deux portes s’offrent à vous. La première vous mènera à un grand escalier que vous pourrez emprunter en gravissant une à une les marches du redressement, à condition de le faire dans la concertation. La deuxième s’ouvre sur un précipice dans lequel notre pays sauterait sans parachute. Écoutez, monsieur le Premier ministre : écoutez les Françaises et les Français et, surtout, ne vous trompez pas de porte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – MM. Alain David et Christophe Bex applaudissent également.)
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Quel arrondissement, monsieur Maillard ? Vous allez chauffer les meetings de Rachida Dati pour les municipales !
M. Sylvain Maillard (RE) (RE). Alors que vous venez de prononcer devant cette assemblée votre déclaration de politique générale, monsieur le Premier ministre, il est clair que l’année 2024 sera décisive – pour notre continent, d’abord, avec la tenue d’un scrutin qui déterminera quelle Europe nous voulons ; pour notre pays, ensuite, alors que les Jeux olympiques et paralympiques de Paris feront rayonner la France à travers le monde ; pour notre avenir, enfin, puisque les politiques que nous avons à adopter et à déployer dès maintenant définiront le visage de notre nation pour les décennies à venir.C’est dans ce contexte plein d’enjeux et de défis que vous avez été nommé. Ce choix constitue, pour les députés du groupe Renaissance, une marque de renouvellement autant que de fidélité à l’égard de la majorité parlementaire dont vous êtes issu. Cette majorité, c’est celle qui, en sept ans, a créé 2 millions d’emplois et fait du plein emploi un but atteignable plutôt qu’un vœu pieux (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE) ;…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). La preuve : ils ont même embauché les sarkozystes !
M. Sylvain Maillard (RE). …celle qui a entamé la réindustrialisation de notre pays, où plus de 300 nouvelles usines se sont installées ; celle qui a investi dans notre souveraineté énergétique en relançant la filière nucléaire et en développant les énergies renouvelables comme jamais auparavant ; celle qui a renforcé les effectifs de la police et de la justice dans des proportions jamais vues depuis trente ans et redonné aux armées les moyens d’assurer leurs missions sur l’ensemble du globe. C’est cette majorité qui a accru l’égalité des chances en dédoublant les classes et en développant l’école inclusive, et qui lutte depuis sept ans contre les déserts médicaux grâce à la suppression du numerus clausus et à la libération du temps médical. (Mêmes mouvements.)Nous devons cependant aller plus loin. Vous avez fait, monsieur le Premier ministre, des annonces fortes en ce sens.
M. Sylvain Maillard (RE). Cette majorité a su protéger nos concitoyens et nos entreprises pendant la crise liée au covid-19, comme nous les protégeons actuellement face à l’inflation, plus qu’aucun autre pays européen. Elle a fait de la France le premier pays d’Europe en matière d’investissements, tout en accélérant la transition écologique – nos émissions de CO2 ont baissé de plus de 4 % en 2023, nous permettant de respecter la trajectoire que nous nous sommes fixée. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Elle a doté la France des moyens nécessaires à la protection de sa souveraineté alimentaire, à travers les lois Egalim.
M. Sylvain Maillard (RE). J’y reviendrai. Je pourrais multiplier les exemples témoignant de l’action résolue que nous menons, depuis sept ans, pour libérer, protéger et transformer notre pays.
M. Sylvain Maillard (RE). Monsieur le Premier ministre, vous vous inscrivez dans cette histoire. Vous avez désormais, avec votre gouvernement, à en écrire une nouvelle page. Vous avez d’emblée voulu vous placer sous le signe de l’action et du concret.C’est une nécessité, tant la politique risque de mourir de ce paradoxe : ne pas oser dire les choses et, en même temps, en dire trop, au risque de se perdre dans les discours au détriment des actes. Les temps que nous vivons, je le répète, nous imposent l’action plutôt que le verbe, l’incantation.
M. Sylvain Maillard (RE). Parce que nous partageons ce constat, monsieur le Premier ministre, nous attendons de vous que votre action tienne toujours compte de la réalisation du dernier kilomètre, celui sans lequel il est impossible de changer réellement la vie des Français. Vos paroles devant cette assemblée et vos premières décisions démontrent l’importance que vous accordez à cet impératif ; il aura à s’incarner dans les nombreux domaines qui définiront la France de demain.L’agriculture constitue l’un des plus essentiels pour notre pays, premier producteur européen. Dans un monde aux échanges ultracompétitifs, nous devons continuer à défendre l’excellence des produits français en imposant nos normes de qualité aux pays qui veulent exporter leurs denrées chez nous.
M. Sylvain Maillard (RE). Les députés Renaissance veulent ces clauses miroirs, afin qu’il soit impossible d’importer des produits qui ne respectent pas nos normes. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Au Parlement européen, vous avez voté contre !
M. Sylvain Maillard (RE). Nous saluons votre détermination à les instaurer dans nos échanges commerciaux.
M. Sylvain Maillard (RE). Cette préoccupation d’une alimentation de qualité nous a poussés à déposer une proposition de loi consacrée au bien manger, qui sera examinée par cette assemblée au mois de mars. Afin que notre agriculture prospère, il faut que ceux qui la font vivre puissent eux-mêmes vivre de cette activité sans craindre le lendemain. Pour cela, en tant que législateur, nous ne pouvons tolérer que les lois votées par la représentation nationale soient contournées, voire bafouées. Aussi saluons-nous votre volonté de faire respecter par les distributeurs, les transformateurs et les industriels les lois Egalim et le texte que nous avons soutenu afin de sécuriser l’approvisionnement des Français en produits de grande consommation.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Il faut des fonctionnaires pour ça ! Des vétérinaires, des contrôleurs de la DGCCRF ! Vous en avez supprimé 1 000 !
M. Sylvain Maillard (RE). Encore une fois, nous serons à vos côtés pour défendre l’agriculture et exiger qu’elle soit rémunérée à sa juste valeur. Nous continuerons dans les prochaines semaines à nous faire le relais des préoccupations des maraîchers, des éleveurs, des viticulteurs, des céréaliers, des agriculteurs et pêcheurs de nos territoires,…
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Il y a longtemps qu’ils ne vous font plus confiance !
M. Sylvain Maillard (RE). …à promouvoir des textes en vue d’améliorer leur quotidien, telle la proposition de loi du groupe Renaissance qui vise à protéger le mode de vie agricole face aux troubles de voisinage. Dans cette perspective, nous nous attacherons à enrichir toujours plus la future loi d’orientation agricole, à porter des mesures de nature à changer concrètement et rapidement la situation de ceux qui nous nourrissent. Ce choc de facilité que nous voulons pour notre agriculture…
M. Sylvain Maillard (RE). …doit profiter à l’ensemble de nos concitoyens et des entreprises de notre pays, sans oublier les collectivités locales. Lorsqu’elle alimente le désordre au lieu de le résorber, la bureaucratie devient un poison.
M. Sylvain Maillard (RE). Après la crise du covid, nous avons commencé à supprimer des ralentisseurs, à remettre en cause des procédures dénuées de logique. Nous devons conserver cet élan dans le cadre de la future loi de simplification. Nous serons au rendez-vous pour l’amender et la renforcer. Ce chantier nous permettra de modifier profondément la vie de nos concitoyens tout en maintenant notre objectif de redressement des finances publiques. En effet, la bonne tenue de nos comptes constitue un impératif absolu de notre majorité.
Mme Marine Le Pen (RN). En sept ans, 900 milliards supplémentaires de dette !
M. Sylvain Maillard (RE). Nous tiendrons ensemble, monsieur le Premier ministre, la trajectoire de désendettement que nous nous sommes fixée jusqu’en 2027. Surtout, vous l’avez martelé dans votre discours, redonner toute sa pertinence à la valeur travail est indispensable pour que notre pays prospère. En premier lieu, il faut faire en sorte que le travail paie et refuser que des millions de salariés s’enfoncent dans la précarité ! Nous ne pouvons tolérer que ceux qui respectent notre contrat social et contribuent chaque jour à faire tourner nos entreprises connaissent l’angoisse des fins de mois difficiles. La classe moyenne, pilier de notre économie, se sent trop souvent la grande oubliée de nos politiques publiques.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Sept ans d’oubli de la classe moyenne, des agriculteurs, des fonctionnaires – de tout le monde !
M. Sylvain Maillard (RE). À cet égard, les mesures que vous avez annoncées ici, monsieur le Premier ministre, vont dans le bon sens : le travail doit toujours payer plus que l’inactivité.
M. Sylvain Maillard (RE). Ce combat se trouve au cœur du projet défendu par le groupe Renaissance depuis sept ans, car le travail demeure l’essence même de l’émancipation de chacun. Il sera déterminant pour améliorer durablement le pouvoir d’achat des Français,…
M. Sylvain Maillard (RE). …qui constitue leur principale préoccupation et doit donc être aussi la nôtre, en métropole comme outre-mer. Dans cette quête d’émancipation, l’accès de chacun à un logement est également essentiel. La crise que connaît ce secteur appelle des mesures. Les textes soutenus par notre groupe ces derniers mois – proposition de loi contre les occupations illicites, proposition de loi sur les meublés touristiques – constituent les premiers éléments en ce sens. Nous plaidions depuis longtemps pour un véritable choc de l’offre. Vous étiez attendu sur ce sujet, monsieur le Premier ministre, vous avez répondu par des annonces fortes.
M. Sylvain Maillard (RE). Le droit à la sécurité constitue un autre impératif, un droit fondamental. Aucun habitant ne devrait craindre de se promener dans son quartier, aucune femme ne devrait avoir peur de rentrer seule le soir, aucun citoyen ne devrait être victime de violences ou d’incivilité dans l’espace public,…
M. Sylvain Maillard (RE). …aucun Français ne devrait redouter de représailles du fait de sa confession. À chacun, quels que soient son lieu de résidence, son genre, sa religion, nous devons assurer qu’il puisse vivre en paix dans son pays. Les députés Renaissance y contribueront dès ce printemps, avec une proposition de loi visant à renforcer la réponse pénale aux infractions à caractère raciste ou antisémite et une autre prévoyant d’accroître la durée de l’ordonnance de protection des victimes de violence conjugale.J’ai énuméré les chantiers à court terme, mais je n’oublie pas ceux qui ont vocation à s’inscrire dans le temps long, car ils touchent aux fondements de notre identité. Le premier est bien sûr l’école : notre avenir se joue auprès des jeunes générations. Vous avez affirmé, monsieur le Premier ministre, vouloir donner à celles-ci de nouvelles raisons d’espérer ; nous y souscrivons. Pour cela, l’école est primordiale. Afin de lui donner toute sa place, nous ne devons pas hésiter à changer ce qui doit l’être, à bousculer les schémas imparfaits, à donner aux enseignants, aux établissements, les moyens de valoriser ce qui fonctionne. Cet investissement du politique doit se retrouver dans tous les services publics, dans tous les territoires, notamment en matière de santé : le manque d’accès aux soins constitue en effet la première cause du sentiment d’abandon de nombreux Français. Notre majorité a déjà agi pour inverser la tendance. Comme vous l’avez dit, monsieur le Premier ministre, nous devrons accentuer cet effort. Nous serons à vos côtés pour le fournir.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Ça manque d’enthousiasme : le mieux serait d’abréger !
M. Sylvain Maillard (RE). Néanmoins, le plus grand défi de notre temps reste sans doute le changement climatique. Vous avez exposé, monsieur le Premier ministre, la planification écologique, indispensable en vue d’élaborer une écologie de l’innovation et de la solution plutôt que de l’obligation, une écologie qui rime avec l’ambition, jamais avec la décroissance.
M. Sylvain Maillard (RE). Nous ne devons ni renoncer à nos ambitions en la matière, ni les concrétiser au détriment des Français. Par ailleurs, il faut redonner aux citoyens le goût de l’engagement. Notre majorité s’y emploie cette semaine en soutenant la proposition de loi visant à soutenir l’engagement bénévole et celle visant à reconnaître les métiers de la médiation sociale. Votre décision de pérenniser les cours d’éducation civique à l’école…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Pour apprendre les bienfaits de la mixité ?
M. Sylvain Maillard (RE). …constitue un signe encourageant, de même que la généralisation du SNU que vous venez d’annoncer.
M. Sylvain Maillard (RE). Le besoin d’engagement se fait également sentir dans notre démocratie. Nous devons honorer ceux qui la font vivre. Il est inconcevable que, dans notre pays, des élus soient impunément l’objet d’insultes, de menaces, de violences, voire de lynchage.
M. Benjamin Lucas (ECOLO). On attend que vous condamniez la pancarte insultant Sandrine Rousseau !
M. Sylvain Maillard (RE). Servir ses concitoyens au sein de sa commune, de son département, de sa région, ou dans cette assemblée, ne devrait jamais amener à craindre pour sa vie ou celle de ses proches. Une démocratie qui se retourne contre ceux qui la servent se détruit elle-même. Honte à ceux qui, y compris sur ces bancs, ont nourri ces bas instincts par leur comportement outrancier ! A cet égard, la proposition de loi qui tend à renforcer la sécurité des élus locaux sera salutaire. Le retour de l’autorité passe par le respect des institutions et de leurs représentants.
M. Sylvain Maillard (RE). Pour mener à bien ces entreprises, l’esprit de compromis qu’exige la configuration de notre assemblée est indispensable. Je le redis devant l’ensemble des groupes de l’arc républicain :…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Avec qui avez-vous voté le texte sur l’immigration ? Humaniste en carton-pâte, vous avez offert une victoire idéologique à Le Pen !
M. Sylvain Maillard (RE). …notre main est toujours tendue lorsqu’il s’agit de construire des majorités de projet. (M. Jean-René Cazeneuve applaudit. – M. Maxime Minot s’exclame.) Nous l’avons déjà fait : des textes transpartisans ont été adoptés. Nous devons désormais accentuer cet élan.
M. Sylvain Maillard (RE). Un autre élément, consubstantiel à notre projet depuis 2017, sera essentiel aux réformes projetées : l’audace. La France en a besoin pour tenir son rang dans le concert des nations et au sein de l’Europe (Exclamations sur les bancs des groupes RN et LR), préserver l’art de vivre à la française, faire valoir ses idéaux face aux bouleversements du monde, se réinventer en accord avec son histoire et ses valeurs ! Parce que votre action entend s’inscrire dans la vision du Président de la République, celle d’une France fière d’elle-même, je veux vous assurer ici, monsieur le Premier ministre, du soutien et de la confiance des députés Renaissance. Et pour conclure mon propos (« Ah ! » sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES), je répéterai l’appel que Danton (Exclamations sur tous les bancs) lançait jadis à la tribune : « […] de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée » ! (Les députés du groupe RE se lèvent et applaudissent.)
M. Benjamin Lucas (ECOLO). De l’audace, il en faut pour abolir les privilèges, pas pour les instaurer !
Mme Marine Le Pen (RN) (RN). L’exercice auquel nous venons d’assister tient du rituel, un rituel presque mécanique – il l’est davantage encore aujourd’hui –, un catalogue, une succession de promesses diverses et variées, sans lien entre elles et d’un niveau pour le moins inégal. Ce n’est pas faire injure à M. le Premier ministre que de constater que son intervention se borne à la revue de détail d’une déclaration de politique générale que le Président de la République a faite avant lui, à sa place, lors d’une conférence de presse fleuve. Comme nous, et surtout comme le pays, vous subissez l’intempérance jupitérienne. Le nouvel équilibre institutionnel du quinquennat a ravalé – c’est malheureux – le Premier ministre au rang de figurant, de communicant, d’« un collaborateur », comme disait un ancien président.
Mme Marine Le Pen (RN). Avec M. Macron, cette atrophie institutionnelle est aggravée par une conception autocentrée du pouvoir. Ministre de tout, le Président de la République devient évidemment le premier de ses ministres. Pour aller droit au fait, je n’ai pas discerné dans ce discours lourdement tombé d’une fenêtre du Château les voies et moyens du redressement ; je n’ai pas senti le grand souffle qui emporterait le pays vers des lendemains heureux – à dire vrai, je n’ai senti aucun souffle ! Il ne suffit pas d’invoquer une volonté de mettre fin au conservatisme pour bousculer un système sclérosé par des décennies de politiquement correct, de connivences, de bétonnage de rentes de situation pas toujours légitimes. Loin d’y parvenir, vous perpétuez le modèle endogamique et oligarchique dont Mme Oudéa-Castéra apparaît comme l’incarnation archétypale.
Mme Marine Le Pen (RN). Venons-en au fond : l’avalanche de promesses à laquelle nous venons d’assister ne laisse entrevoir de réponses qu’à quelques urgences médiatiques, comme s’il s’agissait de gagner du temps. Je ne vois rien qui contribue au redressement des piliers effondrés : vous continuez à promouvoir une vision utilitariste, construite autour de mesurettes sans transcendance ni portée, fondamentalement post-politique et post-nationale.Dans ce catalogue de mesures éparses, parfois contradictoires, vous tentez d’allier un peu de gauche et un peu de droite : en réalité, vous accommodez le pire de la droite et le pire de la gauche. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Le pire de la droite, c’est, par exemple, la hausse des franchises médicales ou la nouvelle réforme de l’assurance chômage à venir ; le pire de la gauche, la hausse des taxes sur l’électricité ou la normalisation à outrance – je pense bien sûr au diagnostic de performance énergétique (DPE), qui fait tant de mal au secteur du logement. Quant au bilan financier de vos politiques, il a été révélé il y a quelques jours : un déficit budgétaire de l’État proche du record de l’année 2020.
Mme Marine Le Pen (RN). La situation exige une remise à plat d’une autre ampleur, un grand mouvement appuyé sur une volonté nationale, la force retrouvée du pouvoir de l’État et une volonté populaire qui légitime l’action publique. En clair : la souveraineté, l’État, la démocratie. Pour cela, la première condition consiste à rendre au pays sa capacité de décider. Votre arrimage aveugle et inconditionnel à l’agenda bruxellois vous condamne d’office aux mêmes errements que vos prédécesseurs. À quoi riment les discours sur le volontarisme lorsque que vous savez avoir laissé les commandes intellectuelles et institutionnelles à l’autorité supranationale de l’Union européenne ? (Mêmes mouvements.) À quoi bon les déclarations sur l’agriculture qui serait au-dessus de tout lorsque vous êtes prisonnier des logiques décroissantistes du wokisme vert ?
M. François Cormier-Bouligeon (RE). Vous voulez vendre la France à Poutine ! (Protestations sur les bancs du groupe RN.)
Mme Marine Le Pen (RN). Appuyé sur des ballots de paille, vous parlez de souveraineté française, tandis que l’Élysée use et abuse d’un oxymore, d’une incantation antinomique – la souveraineté européenne –, alors même que la très mercantile Union européenne a depuis toujours récusé le mot de souveraineté pour s’en remettre de manière obsessionnelle à la seule loi du marché. Pensez, monsieur le Premier ministre, qu’au moment même où les agriculteurs français manifestaient devant le Parlement européen,…
Mme Marine Le Pen (RN). …à quelques mètres d’eux, dans un immeuble en verre, vos élus votaient pour un désastreux accord de libre-échange avec le Chili ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Marine Le Pen (RN). Les commentateurs amusés y verront les artifices du « en même temps ». Quant à moi, ces faux-semblants m’inspirent la plus grande peine, pour les agriculteurs, pour cette France rurale qui souffre, pour notre peuple que l’on trompe. La confiance, pourtant si nécessaire en ces temps de crise, ne peut revenir dans votre monde, où l’on privilégie le court terme, l’éphémère, l’apparence, où l’on pense pouvoir éteindre les contestations par des initiatives dilatoires, le mensonge, la ruse, ou bien à l’usure. Il ne sert à rien de vouloir écoper quand les membres de l’équipage, aux ordres du commandant, s’emploient – en même temps – à ouvrir des voies d’eau partout dans la coque du navire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)Quel crédit peut-on accorder à ces incohérences ? Avez-vous seulement prise, en tant que Premier ministre, sur ce qui se passe, sur ce qui se décide, sur ce système qui a fait le choix résolu de la vassalisation à Bruxelles ? Du Pacte vert au pacte sur la migration et l’asile, vos choix politiques ressemblent de plus en plus à des pactes faustiens. On se perd en conjectures sur les bénéfices que vous en tirez, à moins qu’il ne s’agisse seulement de gagner, comme Faust, un peu plus de temps de jouissance. (Mêmes mouvements.)Il est, parfois, compliqué de comprendre ce qu’est le macronisme. Beaucoup, y compris parmi les observateurs avertis, seraient vraisemblablement incapables d’en donner une définition précise. Une chose est sûre, il s’agit d’une pensée liquide, avec pour perspective une société liquide. Pour vous, tout doit se résumer à des flux : la théorie du ruissellement vous a ainsi permis de servir les nantis. Le seul ruissellement qu’il y ait eu, c’est celui de l’argent public, qui a coulé à flots. Avec votre cap, vous avez pour perspective de noyer la France dans l’océan de la dette, que vous avez grossi en sept ans de 900 milliards – autant que le montant total de la dette française en l’an 2000 ! (Protestations sur les bancs du groupe RE.) Cette liquidité que vous prônez mène logiquement à la liquidation. Emmanuel Macron en tête, vous poursuivez la grande déconstruction, le grand effacement de la France, comme des somnambules, sans tenir compte des réalités sociales ni de l’évolution du monde, qui s’ajoute à l’abrasion naturelle produite par le temps, quand rien dans la décision politique ne conduit au dépassement.Première condition, disais-je : la souveraineté. La seconde, c’est la restauration de l’État. De ce point de vue, je ne vois pas de lueur d’espoir dans votre déclaration. Cette restauration supposerait de sortir de la confusion politico-administrative qui règne au sein de nos institutions nationales et locales. Il est urgent de remettre de l’ordre dans l’organisation publique. Avec le gouvernement des sachants, dont le saint-simonisme ambiant a fait une religion en France et en Europe, on assiste à un va-et-vient entre fonctions administratives et politiques, fonction publique et intérêts privés, fonctions électives et haute magistrature. Il en résulte, encore une fois, une confusion profonde et dommageable pour la gestion publique mais aussi pour la crédibilité des institutions, leur solidité, leur efficacité.
Mme Marine Le Pen (RN). Confusion politique, lorsque les politiques ont abdiqué leurs responsabilités et que le terme même devient synonyme d’impuissance ; confusion institutionnelle, lorsque plus personne ne sait qui fait quoi, qui décide de quoi, qui est juridiquement en mesure de décider – le local, le national, le Parlement, le Président, le juge, le Conseil constitutionnel, Bruxelles, la presse, l’Otan ? Comble du paradoxe, sous la Ve République, qui lui donne le pouvoir de présider, le Président gouverne, tandis que le Gouvernement se contente d’administrer les affaires courantes. Que dire des régions qui ouvrent des ambassades à l’étranger, des communes qui subventionnent, sans objet municipal, le trafic d’êtres humains par le biais d’associations complices des passeurs (Applaudissements sur les bancs du groupe RN),…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Quelle honte de dire cela des humanitaires !
Mme Marine Le Pen (RN). …d’un clan politique qui saccage la capitale de tous les Français, d’un préfet de police incapable de mettre fin aux ventes à la sauvette sous la tour Eiffel, d’une préfecture qui entretient des rapports troubles avec des individus impliqués dans l’acte terroriste de Trèbes ?Pour le Rassemblement national, il n’y aura de restauration nationale qu’à deux conditions : la restauration de la fonction publique et celle des moyens de l’État. La grande question qui se pose au pays ne tient pas seulement au programme de tel gouvernement, à la vision de tel président. Elle ne repose pas sur la bonne volonté, supposée ou réelle, de tel ministre. C’est le retour du politique ! (Mêmes mouvements.) C’est au politique qu’il appartient de décider, tout particulièrement dans les ministères, dans les assemblées, dans les régions, dans les communes. L’élu doit arrêter de se tourner vers le fonctionnaire pour que celui-ci lui souffle sa décision, voire une injonction. Les ministres doivent cesser d’être les porte-parole serviles des directeurs d’administration, des féodalités bancaires, de la grande distribution ou des intérêts financiers. (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Marine Le Pen (RN). Ils doivent redevenir les inspirateurs des grandes impulsions publiques dont le pays a besoin. Le retour du politique, c’est aussi le fait de congédier la pensée magique du « quoi qu’il en coûte » ou « il suffit d’emprunter », celle des experts, des grands prêtres de la pensée unique, ainsi que la logique frileuse et désastreuse du « pas de vagues » quand il s’agit d’affronter les problèmes. À l’heure où vous parlez de réarmement – peut-être pour vous donner des airs guerriers –, je ne crois pas avoir entendu l’expression de réarmement régalien. Ce n’est pas un oubli, parce que ce n’est pas votre projet. Pourtant la question est d’importance : la France est-elle condamnée à s’enfoncer dans le laxisme judiciaire ? La politique peut-elle continuer à demander à la police de terrain de trouver les solutions sécuritaires ou sociales qui relèvent du politique et de lui seul ? L’entreprise peut-elle suppléer les carences de formation, parfois même d’éducation ?C’est aux politiques de reprendre conscience de leur rôle et confiance dans leur vocation, laquelle consiste à décider librement de la vie de la cité, des régulations indispensables, des sanctions lorsqu’elles participent au juste et nécessaire équilibre social. C’est vrai, cela demande du courage ! Pour reprendre les mots du cardinal de Richelieu, fondateur de l’État : « La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire. » Cela exige de la persévérance. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Le retour du politique implique en réalité la détermination à reprendre le contrôle…
Mme Marine Le Pen (RN). …les inerties administratives ou d’habitude, la résignation de l’opinion, lassée des échecs de ses dirigeants. Le moyen – le bras armé ! – de cette reprise de contrôle, c’est l’État, pour peu qu’il soit respecté, c’est-à-dire restauré. La restauration de l’État, c’est la réhabilitation des grands corps, de la préfectorale ou des corps diplomatiques, le retour du sens de l’État et, au plus près des gens, partout sur le territoire, en métropole et outre-mer, la proximité des services publics.
Mme Nadia Hai (RE). Il n’y a rien de concret dans ce que vous dites !
Mme Marine Le Pen (RN). C’est un État qui n’agit pas pour lui mais au service de la nation, un État conscient que son premier devoir est d’assurer la sécurité intérieure et extérieure, l’égalité des citoyens et la liberté de tous ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) C’est un État dont les agents sont honorés, respectés, récompensés comme ils le méritent, à la mesure des services qu’ils rendent au pays. C’est un État doté des moyens de ses missions.La troisième condition du redressement réside dans la démocratie, c’est-à-dire le retour du peuple ou de ses représentants. Quoi que vous puissiez dire de votre prétendu changement de méthode, monsieur le Premier ministre,…
Mme Marine Le Pen (RN). …on ne peut que constater votre incapacité à sortir des logiques verticales. À votre décharge, après sept ans de pouvoir d’Emmanuel Macron, je ne crois pas que vous puissiez modifier ce qui apparaît comme une marque de fabrique du macronisme. Votre discours sonnait d’ailleurs comme un cruel réquisitoire contre ces sept années.
Mme Marine Le Pen (RN). Vous n’avez pas de majorité : au lieu d’en chercher une par le respect de vos alliés, l’écoute, le dialogue, éventuellement le compromis, vous comptez sur des ruses institutionnelles, en excluant par principe les voies transparentes et saines, pour trouver l’assise dont vous avez besoin. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.) L’élaboration de la loi par 49.3 – la mitrailleuse ! –, les décisions publiques au marteau, les atteintes au droit d’amendement sous prétexte de cavaliers législatifs ne sont pas admissibles dans une démocratie moderne.
Mme Marine Le Pen (RN). Lorsque le Conseil constitutionnel, par sa lecture militante, participe au détricotage arbitraire d’un texte issu de la représentation nationale, il en ressort une impression de déni démocratique (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN), de piétinement du principe même de la démocratie.
M. Erwan Balanant (DEM). Vous remettez en cause l’État de droit, madame Le Pen !
Mme Marine Le Pen (RN). Qui peut croire que le délit de séjour irrégulier n’aurait rien à voir avec l’immigration et devrait, à ce titre, être effacé du texte ? Aucun gouvernement ne peut, sans conséquences psychologiques pour le pays, légiférer sans vote et parfois sans débat, ignorer les contestations sociales, réprimer l’expression des souffrances populaires ou jouer, avec une délectation cynique, de la stratégie du pourrissement. Nul ne devrait pouvoir s’affranchir du respect de la volonté du peuple, fondement de la démocratie. (« Bravo ! » sur quelques bancs du groupe RN.) Vous devez cesser de considérer l’exercice de la démocratie comme une formalité administrative ; la conduite de l’État comme un passe-temps ; les institutions comme des instruments ; les fonctions ministérielles comme un jeu de chaises musicales.
Mme Nadia Hai (RE). C’est vide de sens, il n’y a rien dans votre discours !
Mme Marine Le Pen (RN). Ce que nous attendons d’un gouvernement, c’est qu’il définisse clairement la grande voie autour de laquelle doit s’articuler toute action publique, toute projection pour l’avenir. Nous n’avons rien vu de tout cela, ni depuis sept ans, ni aujourd’hui ! (Les députés du groupe RN se lèvent et applaudissent.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES) (LFI-NUPES). Vous nous avez maintenus dans l’attente, monsieur le Premier ministre : plus de deux semaines avant délivrer le discours de politique générale que vous devez à la représentation nationale ! Bien entendu, vous ne demandez pas la confiance de l’Assemblée, ce qui serait le moins que vous puissiez faire si notre démocratie fonctionnait. Vous ne la demandez pas, car vous ne l’obtiendriez pas : vous n’avez ni notre confiance, ni celle des citoyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – MM. Benjamin Lucas et Davy Rimane applaudissent également.)Vous nous avez maintenus dans l’attente, mais vous vous êtes rendu compte que personne ne vous attendait. Les agriculteurs en colère ne vous ont pas attendus pour réclamer de pouvoir vivre de leur travail. Leur avez-vous dit que votre majorité avait rejeté un texte que nous avions proposé en novembre dernier pour encadrer les marges de l’industrie agroalimentaire et, surtout, leur garantir des prix rémunérateurs ? Leur avez-vous parlé de votre duplicité ou vous êtes-vous contenté d’une mise en scène poussive, pathétique et immédiatement vouée à l’échec, entre une botte de foin et un verre de vin rouge sur une autoroute ? (Sourires sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Vos coups de communication ne font pas une politique. Vous venez d’ailleurs de le montrer, une fois de plus, avec votre discours de propagande générale. Les professeurs ne vous ont pas davantage attendu : ils seront en grève jeudi, le 1er février, épuisés par l’application de vos improvisations ministérielles, atterrés par la ministre qu’Emmanuel Macron et vous-même leur avez choisie.Cette nouvelle ministre est, du reste, à elle seule, un symbole de l’ensemble de votre gouvernement ainsi que de vos politiques passées et à venir. Elle donne votre adresse de classe : oligarchie, par ici ; haute bourgeoisie, vous y voilà ! (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)Fille du directeur de Publicis, femme du directeur général de la Société générale puis de Sanofi, cousine d’un éditorialiste de BFM TV, nièce d’une éditorialiste bien connue du service public,…
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). …avant de devenir ministre des sports, puis, tout récemment, de l’éducation nationale, des sports, des Jeux olympiques et paralympiques. La pauvre, elle gagnait, nous disait-elle, trois fois plus auparavant ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Merci de nous avoir offert une si belle caricature de votre politique et de l’oligarchie que vous êtes, que vous représentez et que vous défendez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Quand on lui parle de sa défense lamentable et de ses mensonges à répétition dans l’affaire du lycée Stanislas, où des thèses réactionnaires et hostiles à la République sont répandues, elle dit ne pas avoir menti. Non, c’est – tenez-vous bien – la réalité qui lui a donné tort…
Mme Nadia Hai (RE). C’est aussi vide que le discours de Le Pen !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Il est vrai que, dans ce domaine, vous êtes des experts : que ce soit en matière de politique économique et sociale, d’écologie ou de démocratie, la réalité vous donne toujours tort. Pourtant, vous continuez. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.) La réalité vous donne-t-elle encore tort ? Vous continuez. Vous mentez de nouveau ? Vous continuez !Monsieur le Premier ministre, Mme Oudéa-Castéra partage avec vous un arrondissement : du lycée Stanislas à l’École alsacienne, on se comprend bien entre grands bourgeois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Si Mme Oudéa-Castéra n’est pas encore partie, c’est pour une bonne raison : puisque vous êtes tous comme elle, pourquoi serait-ce à elle de s’en aller la première ? Elle pense ne rien devoir à personne, et sans doute vit-elle ses fonctions de ministre comme une peine infinie, car elle y gagne encore moins qu’à la Fédération française de tennis.
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Peut-être, toutefois, les effets cumulés de votre suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune compensent-ils cette perte de revenus. Ouf ! (Mêmes mouvements.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Monsieur le Premier ministre, l’étymologie du mot « ministre » est simple. Permettez-moi de vous la rappeler : ce mot vient de minister, qui signifie « serviteur » en latin. Tout gouvernement doit être un gouvernement de serviteurs. Le vôtre en est un, sans aucun doute. Mais vous ignorez qu’en démocratie, c’est le peuple que les ministres doivent servir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Au lieu de cela, vous vous servez vous-mêmes et vous servez les plus riches, dont les intérêts ne se sont jamais aussi bien portés, au cours de la Ve République, que sous la présidence d’Emmanuel Macron. La fortune des 500 familles les plus riches de ce pays…
M. Erwan Balanant (DEM). Oh là là, rappelez-vous qui parlait des 500 familles ! C’est honteux !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). …a plus que doublé depuis 2017. Vous êtes leurs serviteurs zélés, mais vous oubliez la République et ses principes. Vous jetez ainsi en pâture celles et ceux qui arrivent sur notre territoire, pour ne pas parler des inégalités croissantes, du problème massif du logement, des sans-abri, des si nombreux travailleurs dont la paie ne suffit plus et de la situation sociale insupportable que vos politiques injustes font subir au pays. (Mêmes mouvements.)Monsieur le Premier ministre, vous n’êtes à la hauteur ni de la situation sociale ni de notre histoire démocratique (Mêmes mouvements), et encore moins de l’impérative nécessité de transformer nos modes de production pour relever l’immense défi écologique. Vous n’êtes pas à la hauteur !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Une partie de la presse, sans doute sympathisante de votre gouvernement minoritaire, pond de vous des portraits ridicules, dans lesquels on s’extasie du fait que vous dormez peu. C’est peut-être pour cela que le pays semble conduit par une équipe de somnambules,…
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). …ensommeillés dans leurs rêves de milliardaires, éblouis par les lumières télévisuelles, vivant dans un spectacle permanent que le pays regarde avec consternation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.) Mais pendant que vous vivez de l’esbroufe éternelle, le pays souffre : vos tentatives d’hypnose ne fonctionnent pas !Les agriculteurs, à bout, comprennent que le libre-échange, la défense par une poignée d’un modèle intenable, les marges laissées sans contrôle sont la source de leurs difficultés quotidiennes. (Mêmes mouvements.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Les enseignants, face à la création de groupes de niveau – mesure aussi stigmatisante qu’inefficace sur le plan pédagogique –, comprennent le caractère systématique de la destruction du service public qu’ils honorent.Les cheminots, que vous avez vilipendés et dont vous avez dégradé la condition sociale, voient disparaître peu à peu le service public ferroviaire que vous avez détruit méthodiquement pour libéraliser le rail, conformément aux directives européennes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)Les salariés du privé souffrent toujours davantage du partage violemment injuste de la valeur produite.Les soignants et les personnels du secteur médico-social constatent votre obstination à mettre en pièces, en dépit de leur engagement quotidien, le service public de la santé.Les chômeurs pâtissent un peu plus à chacune de vos réformes de la violence que vous leur infligez et de la situation économique, qui leur laisse le choix entre la précarité et la honte, que vos discours d’exclusion leur renvoient toujours. (Mêmes mouvements.)Les jeunes pour le climat observent votre incompréhension totale de l’ampleur des changements nécessaires pour faire face au dérèglement climatique et à l’extinction de masse des espèces.Les retraités s’inquiètent des coups de canif que vous avez portés au contrat social qui unit entre elles les générations, notre magnifique système de retraite par répartition. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)Monsieur le Premier ministre, c’est le peuple tout entier qui n’en peut plus de vos politiques.
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Elles ont toutes la même source : le refus de partager les richesses pour rémunérer le travail, d’engager les investissements nécessaires pour la bifurcation écologique et la reconstruction de nos services publics. (Mêmes mouvements.) Vous déstabilisez profondément notre société en vous éloignant loin, bien loin, de la République sociale.Vous resterez dans l’histoire comme le pouvoir qui a ravalé la France au rang d’un pays qui a faim, un pays où des gens meurent de la rue, meurent du travail, meurent sur des brancards d’hôpitaux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas et Mme Marie-Charlotte Garin applaudissent également.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Une alternative existe, monsieur le Premier ministre. Le fait que vous ne demandiez pas la confiance en est la preuve : vous êtes minoritaire, et vous le savez. Vous nous avez fait attendre, mais personne n’attend plus rien de vous. À vous et aux citoyens qui nous écoutent à cette heure, je l’affirme : une alternative existe. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)Oui, il est possible d’engager une tout autre politique. Augmenter le Smic à 1 600 euros net, convoquer une conférence générale pour l’augmentation des salaires, ramener l’âge de la retraite à 60 ans pour 40 annuités de cotisation, investir massivement dans les services publics, l’isolation thermique des logements et les énergies renouvelables, dans un pôle public de l’énergie ainsi que dans la formation et l’installation de nouveaux paysans, annuler la dette des agriculteurs pour favoriser la conversion sociale et écologique : tout cela est possible ! (Mêmes mouvements.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Je vous entends déjà demander comment accomplir et financer cela. C’est simple : en cessant de servir ceux que vous servez, en taxant le capital,…
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). …en rétablissant l’’impôt de solidarité sur la fortune (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également),…
Mme Nadia Hai (RE). Ça a déjà été essayé, sans succès !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). …en créant de nouvelles tranches d’impôt sur le revenu pour les plus riches, en rendant progressive la contribution sociale généralisée, en un mot : en organisant le partage des richesses. (Mêmes mouvements.)Une telle perspective peut vous sembler abominable ; c’est pourtant la clef de la cohésion du pays. Vous en êtes le facteur de division, en abusant des pouvoirs que vous donne l’actuelle Constitution. La Ve République vous rend, du reste, plus invisible que vous ne le souhaitez sans doute.
M. Rémy Rebeyrotte (RE). C’est le même discours que le RN ; blanc bonnet et bonnet blanc !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Personne n’ignore en effet que tout se décide à l’Élysée, jusqu’au discours que vous venez de prononcer, qui a été relu, annoté et corrigé par le monarque lui-même. Emmanuel Macron est le serviteur en chef, et vous êtes à ses ordres, comme d’ailleurs une bonne partie de la minorité parlementaire, qui a cru bon de voter, il y a quelques semaines, pour une loi reprenant le principe de préférence nationale défendu par Jean-Marie Le Pen et ceux de ses héritiers qui siègent sur ces bancs. (Mêmes mouvements.)Un argument avancé alors vaut qu’on le retienne : certaines dispositions du texte devaient être adoptées car elles étaient anticonstitutionnelles et seraient donc censurées par la suite. Nous nous demandons parfois si vous vous rendez compte du caractère planant de certains de vos arguments. Ne croyez-vous pas qu’un tel mépris pour nos règles communes est le signe d’un épuisement de nos institutions ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.)
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). La situation politique actuelle, dont vous êtes un sous-produit, nous invite fortement à mettre sur la table un changement institutionnel. Une autre politique est possible. Une autre république est possible.Pour renouer avec la République sociale, avec notre belle devise – Liberté, Égalité, Fraternité –, il est temps de convoquer une assemblée constituante et de rédiger la Constitution de la VIe République. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
Mme Nadia Hai (RE). Les Français n’en veulent pas : ils ont déjà dit non deux fois !
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). La République de l’intervention citoyenne, du référendum révocatoire, qui, s’il était instauré, permettrait aux Français de retourner aux urnes alors que vous le leur refusez obstinément, en dépit de l’état de crise permanent dans lequel vous plongez le pays. (Mêmes mouvements.) La République de l’intérêt général, où les ministres servent le peuple et pas une oligarchie de plus en plus déconnectée.Vivement un nouveau gouvernement d’union populaire organisant le partage des richesses, la bifurcation écologique et le retour à la démocratie dont notre pays a besoin.
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Nous y sommes prêts ! (Mêmes mouvements.) Avec détermination, nous préparons l’alternative à votre monde de malheur.Monsieur le Premier ministre, emportez avec vous, en guise d’avertissement, cette phrase du philosophe Maurice Merleau-Ponty : « Le pouvoir qu’on appelle légitime est celui qui réussit à éviter le mépris et la haine. » Depuis 2017 et à ce jour, vous n’êtes parvenu à éviter ni l’un ni l’autre ! (Les députés du groupe LFI-NUPES ainsi que M. Benjamin Lucas se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.)
M. Olivier Marleix (LR) (LR). Au fond, la décision du Conseil constitutionnel rayant d’un trait de plume le travail du Parlement sur la loi « immigration » et la crise que traversent les agriculteurs nous racontent la même histoire, celle des injonctions que le peuple français ne supporte plus que lui adressent tantôt des juges supranationaux ou nationaux,…
M. Olivier Marleix (LR). Si la souveraineté nationale peut être à ce point évitée, contournée, bafouée, comment s’étonner que la politique apparaisse aux yeux des Français comme une farce ?
M. Olivier Marleix (LR). Comment s’étonner qu’ils en viennent à vouloir renverser la table ?Dans ce moment critique de notre histoire, dans cette démocratie en crise qu’est devenue la France, chacun d’entre nous se doit d’agir plus que jamais avec le sens des responsabilités. S’agissant de l’immigration, les Français exigent un sursaut ; vous leur faites un tour de passe-passe. En métropole comme outre-mer, ils n’en peuvent plus des discours creux,…
M. Paul Vannier (LFI-NUPES). Lorsqu’on vous écoute, on peut les comprendre ! Ils n’en peuvent surtout plus des LR ! Vous êtes un microparti !
M. Olivier Marleix (LR). …de vos catalogues La Redoute de promesses jamais tenues.Vous osez nous dire que, depuis 2017, vous avez défendu la souveraineté industrielle. Quelle plaisanterie : vous avez vendu Alstom, Alcatel, Technip, et vous laissez démanteler Atos ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Comment vous croire ?Vous annoncez un allégement du fardeau des normes pour les agriculteurs, mais il y a à peine plus d’un an, au Salon de l’agriculture, votre prédécesseure avait déjà promis la fin de la surtransposition des normes environnementales et, dans son univers parallèle, votre administration est en train d’élaborer des cartes de protection des tourbières qui vont concerner 30 % de nos surfaces agricoles. Voilà comment vous trompez les cultivateurs – et ce n’est pas en supprimant trois ou quatre arrêtés préfectoraux que vous allez changer quoi que ce soit !
M. Olivier Marleix (LR). Vous nous aviez promis des prix de rémunération grâce aux lois Egalim. Mais, en ce moment même, Lactalis propose aux producteurs de lait un prix de 40 centimes le litre quand leur coût de revient s’établit à 48 centimes. Voilà comment vous bernez les éleveurs !
Mme Nadia Hai (RE). Ça y est : tu baignes dans le populisme !
M. Olivier Marleix (LR). Il y a un an, cette assemblée a adopté, à l’unanimité, un calcul plus favorable pour la retraite des agriculteurs. Depuis, vous faites tout pour que cette loi ne soit pas appliquée.Il y a huit mois, nous avons adopté une proposition de résolution afin de demander au Gouvernement de s’opposer à la ratification du Mercosur. Il aura fallu attendre hier pour que le Président de la République, pris de panique dans un Paris assiégé, demande enfin à Mme von der Leyen d’arrêter les négociations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)On nous dit qu’à la faveur de ce même réveil brutal, le président Macron serait désormais prêt à partir en croisade contre les 4 % de jachère imposés par la PAC. Mais que ne l’a-t-il fait plus tôt ? La chaise vide du général de Gaulle se faisait mieux entendre que la chaise occupée du président Macron ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)La politique, ce n’est pas que de la communication, un catalogue d’annonces sans queue ni tête. Ce n’est pas du théâtre, c’est la vie des Français, le sort de notre pays.Monsieur le Premier ministre, vous entendre dire que vous aviez décidé de « mettre l’agriculture au-dessus de tout » fut un moment formidable. J’ai tellement eu envie d’y croire ! Puis cette phrase m’a rappelé quelque chose, et je me suis souvenu que, la semaine précédente, c’était l’hôpital qui était la priorité absolue…
M. Olivier Marleix (LR). …et, celle d’avant, l’école. La semaine prochaine, ce sera encore autre chose (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) : l’écologie, peut-être, ou la culture… Et tant pis pour l’agriculture !
M. Erwan Balanant (DEM). Vous, vous n’avez aucune priorité. Jamais !
M. Olivier Marleix (LR). Sur la crise agricole comme sur l’immigration, les Français ne se contenteront pas d’une story sur Instagram ou d’une vidéo TikTok autour d’une botte de paille, monsieur le Premier ministre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. Olivier Marleix (LR). Ils veulent des résultats, dans la vraie vie ! (Mêmes mouvements.) Je vous le dis très clairement : tant que les réponses ne seront pas là, nous ne vous lâcherons pas.La terrible réalité, c’est qu’après sept années d’agitation fiévreuse…
M. Olivier Marleix (LR). …ponctuées d’annonces chocs, de grands plans, de grand débat, d’entretiens de Saint-Denis, il ne s’est rien passé : vous êtes passés sur les maux du pays comme des courants d’air. Après sept ans de pouvoir absolu, vous semblez seulement découvrir le pays. Mais les crises sociales se succèdent et le pays est exsangue, fracturé, révolté. Ces crises, comme celle des gilets jaunes, ont en commun le fait que vous ne les voyez jamais venir parce que vous n’êtes pas dans la vraie vie des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)Votre politique n’enthousiasme, en réalité, que ceux qui n’attendent rien de la politique : ces premiers de cordée chers au Président qui, depuis longtemps, se sont émancipés et pensent ne plus avoir grand-chose en commun avec le reste du peuple français.
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Vous n’êtes pas très reconnaissant : la moitié de vos adhérents sont au Gouvernement !
M. Olivier Marleix (LR). Mais la France qui a le plus besoin d’un pouvoir qui la protège d’une concurrence déloyale – agriculteurs, ouvriers, patrons de petites industries –, celle qui a le plus besoin de services publics, d’écoles, d’hôpitaux,…
M. Paul Vannier (LFI-NUPES). Vous les avez détruits sous Sarkozy !
M. Olivier Marleix (LR). …la France qui n’a plus de médecins, celle qui a besoin qu’on remette de l’ordre, qu’on enferme ces dealers qui menacent ses enfants, cette France-là, vous ne la voyez pas, vous ne l’entendez pas et vous la laissez s’enfoncer dans la colère. Comment s’en étonner, dès lors qu’il existe, pour le Président, deux catégories de Français : « ceux qui ont réussi » et « ceux qui ne sont rien » ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. Olivier Marleix (LR). Monsieur le Premier ministre, derrière la communication, la réalité, c’est l’échec de ces sept années de pouvoir du Président de la République. Les résultats sont là ! M. Le Maire, depuis sept ans, aura marqué de son empreinte – ou plutôt de ses emprunts – son passage au ministère des finances, creusant avec assiduité une dette abyssale de 3 088 milliards d’euros. Ce sont 900 milliards d’euros de plus qu’à la fin du quinquennat de François Hollande !
Mme Nadia Hai (RE). Parce qu’il n’y avait pas de crise !
M. Olivier Marleix (LR). En 2023, le déficit est pire que prévu – 173 milliards d’euros –, et vous osez dire que vous faites preuve d’une responsabilité exemplaire en matière de finances publiques. De qui vous moquez-vous ?
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Comme quoi, il ne faut pas faire confiance aux sarkozystes !
M. Paul Vannier (LFI-NUPES). Il faut voter la censure, monsieur Marleix !
M. Olivier Marleix (LR). Tout cela, pour quel résultat ? La croissance est en berne : 0,8 % en 2023, pas mieux pour 2024. Le pouvoir d’achat des Français est encore un peu plus attaqué par l’inflation. Les années que vous aurez perdues, par vos errements sur le nucléaire, à faire du suivisme derrière les écologistes, vous placent désormais dans une situation aberrante où vous allez à la fois augmenter la facture des ménages et faire perdre à nos entreprises leur dernier avantage de compétitivité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)Au ministère de l’intérieur, M. Darmanin…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Encore un qui vient de chez vous ! C’est la fuite des cerveaux !
M. Olivier Marleix (LR). …accueille plus de 500 000 étrangers par an. Soit, en moyenne, sous le septennat Macron, deux fois plus que sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. (M. Philippe Gosselin applaudit.) Quant à l’insécurité, nous en sommes à 362 000 coups et blessures en 2023 : 60 % de plus qu’en 2017 !
M. Olivier Marleix (LR). Depuis cinquante ans, la France n’a jamais enregistré autant d’homicides ou de tentatives d’homicide : magnifique record pour votre gouvernement !
M. Olivier Marleix (LR). En matière d’éducation – vous savez, la « mère des batailles » –, la France s’effondre au classement Pisa : elle était dixième dans les années 2000, elle est aujourd’hui vingt-troisième en science et en mathématiques, vingt-cinquième en lecture. Vous êtes au pouvoir depuis sept ans,…
M. Olivier Marleix (LR). Vous avez également créé une crise du logement sans précédent. On ne construit plus, les Français ont de plus en plus de difficultés à accéder à la propriété.
M. Paul Vannier (LFI-NUPES). C’est Valérie Pécresse qui ne veut pas appliquer la loi SRU !
M. Olivier Marleix (LR). Votre système MaPrimeRénov’ réussit l’exploit de rendre les travaux d’isolation désormais inaccessibles à la fois aux classes moyennes – jugées trop riches – et aux foyers les plus modestes – évidemment incapables de financer des rénovations globales.
M. Olivier Marleix (LR). Cette crise est telle qu’on voit désormais en France des salariés dormir dans leur voiture.Dès lors, quand vous parlez de choc d’offre, de simplification des normes et d’accélération des procédures, permettez-nous de penser que c’est un peu court.Enfin, le bilan des années Macron, c’est aussi un consternant affaiblissement de la parole de la France sur la scène internationale. (Mme Nadia Hai s’esclaffe.) Cette singularité française, que nous chérissions tous ici, a fait les frais des atermoiements, des paroles maladroites, des gestes déplacés, des coups de com’ sans lendemain du Président de la République – renvoyé sans ménagement d’Afrique, décrédibilisé au Liban, snobé au Maroc, inaudible sur la guerre en Ukraine, hésitant sur Israël. La lucidité impose de reconnaître que quelque chose s’est brisé dans l’image de notre pays aux yeux du monde.Monsieur le Premier ministre, si vous nous aviez demandé notre confiance, après ces sept années de pouvoir, nous n’aurions évidemment pas pu vous la donner. Cependant, nous ne vous empêcherons pas d’agir.Ai-je besoin de rappeler que, sans notre soutien,…
M. Benjamin Lucas (ECOLO). Est-ce que LR soutient Mme Dati à Paris ?
M. Olivier Marleix (LR). …les rares réformes de redressement de ce pays – retraites, chômage, RSA – n’auraient pas vu le jour ? Au contraire, nous vous pressons d’agir, sans délai, pour les agriculteurs, pour reprendre le contrôle – vraiment – de notre immigration, pour faire – vraiment – respecter la loi de la République, partout sur notre territoire.Nous l’avons bien compris, ce remaniement ministériel vise davantage à infléchir le cours des sondages que de l’histoire !
Mme Nadia Hai (RE). Tu es jaloux, Marleix ? Avec un discours aussi vide, ça ne risque pas !
M. Olivier Marleix (LR). Ce n’est pourtant pas la communication qui fera la réussite de ce gouvernement, mais sa capacité à écouter et à respecter les Français, et leurs attentes. Des Français que nous représentons tous dans cet hémicycle. Dans l’intérêt du pays, monsieur le Premier ministre, tâchez de faire mieux que ce qui vous est demandé par le Président. Et souvenez-vous que la durée de vie de votre gouvernement ne dépend pas que du Président de la République, mais aussi de l’Assemblée nationale, où vous êtes minoritaire, et dont vous n’aurez pas la confiance. (Les députés du groupe LR se lèvent et applaudissent.)
M. Christophe Naegelen (LIOT) (LIOT). Notre pays est en crise. Les Français attendent, plus que jamais, des réponses concrètes à leurs préoccupations, avec des actes, sans posture politicienne. La première de ces préoccupations, c’est la santé. On peut saluer certaines mesures – notamment le Ségur de la santé – mais, honnêtement, la transformation du numerus clausus en numerus apertus n’a rien changé à l’offre de soins,…
M. Christophe Naegelen (LIOT). …qui demeure totalement insuffisante dans un grand nombre de nos territoires. Cela fait des années que les députés de notre groupe vous alertent sur la question. L’hôpital public est en crise, tout comme la médecine de ville ; en somme, c’est tout notre système de santé qui se délabre. Pourtant, des solutions simples sont envisageables. La passerelle que vous avez proposée pour les infirmières est intéressante, mais nous vous proposons de faciliter aussi l’intégration en études de médecine et d’augmenter drastiquement le nombre d’étudiants. Il s’agit également de mieux valoriser les personnels de santé, chevilles indispensables à la qualité des soins et à l’accompagnement dans la dignité de nos aînés.L’autre grand chantier, c’est l’éducation nationale. Là encore, toutes les inégalités doivent être traitées, notamment dans les territoires ruraux, où des classes ferment tandis qu’elles ont été dédoublées dans les établissements du réseau d’éducation prioritaire (REP) et du réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+). Ce dédoublement est une bonne chose dans ces territoires urbains, mais il faut, par souci d’équivalence, abaisser les seuils qui conduisent à la fermeture de classes en zone rurale.
M. Christophe Naegelen (LIOT). Le manque d’attractivité de la profession d’enseignant est symbolisé par une nouvelle baisse, en 2024, par rapport à 2023, du nombre d’inscrits aux concours externe. La perte de pouvoir d’achat subie par les enseignants depuis plus de vingt ans en est une des raisons. Il faut continuer à avancer sur ce point. De plus, s’agissant toujours de l’éducation, et afin de garantir une véritable inclusion scolaire, il faut sévèrement augmenter le nombre d’AESH.La place de la France dans le monde est, elle aussi, capitale. Notre environnement proche est marqué par de très fortes instabilités. Notre pays doit continuer à faire entendre et à faire respecter sa voix singulière, que cela soit en matière diplomatique, culturelle ou commerciale, ainsi qu’à défendre l’autonomie stratégique européenne.Un beau défi international est devant nous, celui de la bonne organisation des Jeux olympiques, et par conséquent celui de leur sécurisation. La mobilisation, l’information et la rémunération des forces de l’ordre seront cruciales pour la bonne organisation de ces JO.Tous nos territoires sont touchés par le problème de la sécurité – nous l’avons vu lors des émeutes de juin dernier. Prenons garde à ce que nos territoires les plus en tension, notamment en outre-mer, ne se trouvent pas dépossédés de leurs forces de l’ordre. À Mayotte, le blocage total de l’île doit nous alerter et appelle de nouveaux renforts.En matière économique, beaucoup reste à faire. Les agriculteurs et les dirigeants d’entreprises font un même constat : celui du poids excessif des normes. En 2017, vous annonciez que, pour toute loi votée, vous en supprimeriez deux. Remettez cela à l’ordre du jour, simplifiez toutes les démarches pour nos TPE et PME, comme pour nos agriculteurs, et arrêtez la surtransposition des normes !Le monde de l’entreprise, comme le monde agricole, signale également des difficultés dans la transmission et la reprise d’entreprises ou d’exploitations. Plus de 50 % des agriculteurs ont plus de 50 ans. Pour que notre agriculture vive, il est primordial que nos agriculteurs puissent transmettre leurs exploitations. Ils doivent pouvoir obtenir des prêts spécifiques de carrière sur 25 ans, et des baux à long terme offrant une visibilité suffisante. Une loi d’orientation agricole musclée, contenant des objectifs clairs quant à l’installation des jeunes et quant à leur rémunération, est urgente et absolument nécessaire.Enfin, il est primordial que nous n’importions pas l’agriculture que nous ne voulons pas produire chez nous. Il faut cesser, dans tous les accords commerciaux entre l’Union européenne et les pays tiers, de considérer les produits agricoles comme une monnaie d’échange.Il y aurait bien d’autres sujets à traiter, mais le temps imparti de cinq minutes est pour cela, bien entendu, beaucoup trop court.
M. Christophe Naegelen (LIOT). Monsieur le Premier ministre, de nombreuses questions sont sur la table, qui exigent des réponses concrètes et sans demi-mesures. Nous serons exigeants, et nous saurons dire que telle ou telle proposition nous paraît déconnectée et contraire à l’intérêt de nos territoires et des Françaises et Français qui les composent. Toutefois, le groupe LIOT, comme à son habitude, se montrera pragmatique dans l’évaluation des solutions proposées. Dans un Parlement sans majorité absolue, il continuera à être force de proposition et présentera des solutions concrètes quant aux réformes à mener et quant aux carences constatées. Nous espérons que nous serons entendus. La situation politique de notre pays le commande. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …non pas parce que vous êtes le plus jeune Premier ministre, mais parce que vous êtes le nouveau Premier ministre du président de tous les tristes records : record d’endettement, avec 788 milliards d’euros supplémentaires depuis 2017 ; record du déficit commercial ; record du déficit budgétaire, avec, en 2023, presque le montant de 2020 ; record d’immigration, avec deux fois plus de premiers titres de séjour délivrés ; record d’insécurité, avec 63 % d’augmentation des coups et blessures depuis 2017. Et, bien sûr, record…
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …d’impopularité, car on ne peut pas éternellement confondre présidence de la République et agence de communication.
Mme Nadia Hai (RE). Si on parlait de ta popularité ? 2 % aux élections !
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Vous devez vivre, monsieur le Premier ministre, dans le même monde parallèle qu’Emmanuel Macron, pour avoir osé, cet après-midi, qualifier son bilan de « concret, tangible et solide ». Je comprends mieux pourquoi Emmanuel Macron vous a choisi. J’attendais un Premier ministre, j’ai découvert un porte-parole.
M. Éric Bothorel (RE). C’est mieux que d’être le porte-flingue de Marine !
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Un seul discours aura donc suffi pour comprendre que votre nomination ne changera rien, et cela pour deux raisons principales. La première, c’est que le Président est le vrai Premier ministre, comme sa conférence de presse l’a démontré. Comment allez-vous conforter les classes moyennes, alors qu’avant même ce discours de politique générale, Emmanuel Macron a annoncé lui-même l’augmentation des franchises sur les médicaments, et Bruno Le Maire celle du tarif de l’électricité ?Dans un autre domaine, celui de l’éducation nationale, comment allez-vous répondre à toutes les demandes de l’Élysée – cours de théâtre, cours de sport, instruction civique –…
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …pour des élèves qui ont besoin avant tout d’apprendre à lire ?En matière de sécurité, comment allez-vous faire baisser la délinquance en conservant un garde des sceaux et une politique judiciaire profondément laxistes,…
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …dans le domaine du logement, vous ne manquez pas de culot, pour annoncer un « choc de l’offre », alors que, depuis 2017, vous avez systématiquement saboté tous les mécanismes d’aide au logement.
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). La seconde raison pour laquelle vous êtes condamné à parler dans le vide, à agiter des éléments de langage, éternellement ressassés depuis 2017, c’est que, si le Premier ministre est à l’Élysée, le vrai président est malheureusement à Bruxelles : c’est Mme von der Leyen qui vous donne des ordres, matin, midi et soir.Preuve en est, la Commission européenne vient d’annoncer – la dépêche de l’agence Reuters vient de tomber – que les négociations avec le Mercosur continuaient bien, infligeant un nouveau camouflet à l’Élysée, qui prétendait, hier, qu’elles étaient interrompues.De même, au moment où vous tentiez d’éteindre l’incendie agricole en tenant un discours sur une botte de foin – un consultant en communication a dû vous suggérer que cela ferait bien –,…
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …les députés européens Renaissance, après avoir déjà approuvé la nouvelle PAC – et ses jachères – votaient en faveur de l’accord de libre-échange avec le Chili, après ceux avec la Nouvelle-Zélande, avec le Kenya et avec le Vietnam.
Mme Nadia Hai (RE). Tu n’as pas souvent été dans des fermes !
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Enfin, vous avez préféré – cela vous fait rire – donner des gages au gouvernement allemand plutôt que baisser le tarif de l’électricité en sortant du marché européen, comme ont su le faire l’Espagne et le Portugal.Pour faire oublier vos doubles discours successifs, vous êtes condamné à multiplier les effets d’annonce. Vous nous avez livré, cet après-midi, un catalogue de mesurettes. Avant-hier, l’éducation était au-dessus de tout ; hier, c’était l’agriculture ; aujourd’hui, c’est le travail. En définitive, vous me faites penser à ces jongleurs d’assiettes qui, dans les cirques, sont obligés d’en ajouter toujours plus, pour tenir en haleine le spectateur, jusqu’au jour où – patatras – elles se brisent toutes. Ce moment est proche, car les Français ne supportent plus les fausses promesses, les injonctions contradictoires, le manque de sérieux et de maturité dans la conduite de l’État, la disparition de la souveraineté populaire.Sans majorité dans cet hémicycle, vous serez obligé, comme votre prédécesseure, de multiplier les 49.3 jusqu’à plus soif. Plus tôt une motion de censure nous libérera de cette mauvaise pièce de théâtre pour, avec de nouvelles élections législatives, permettre au peuple d’arbitrer, plus vite alors la souffrance des Français, la nôtre et la vôtre, monsieur le Premier ministre, seront abrégées. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Gabriel Attal. Je ne serai pas très long, d’autant qu’une partie des interventions qui ont fait suite à ma déclaration avaient manifestement été écrites au préalable.
M. Gabriel Attal. Je l’ai dit tout à l’heure, nous annoncerons dans les tout prochains jours de nouvelles mesures de soutien. Comme vous le savez, nous avons échangé hier avec les représentants des agriculteurs pendant trois heures et demie. Les discussions se poursuivent en continu pour avancer : je sais que certaines dispositions sont attendues depuis longtemps.
M. Gabriel Attal. En ce qui concerne les tourbières et les zones humides, monsieur Marleix, je rappelle que, vendredi, j’ai donné consigne aux préfets de mettre en pause le travail engagé, le temps de revoir les choses avec les représentants des agriculteurs. J’ai bien mesuré le malaise qui entoure cette question.S’agissant des surtranspositions, l’engagement pris par le Président de la République en 2017 a été tenu : il n’y a pas d’interdiction sans solution. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et LR.)
M. Hervé de Lépinau (RN). Mensonge ! Regardez les filières de la fraise et de la betterave !
M. Gabriel Attal. Justement ! Je me souviens des débats qui ont eu lieu dans cet hémicycle lors de l’examen du projet de loi relatif aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire. Ce ne fut pas simple, mais nous avons assumé de réautoriser l’usage des néonicotinoïdes pour la production de betteraves,…
M. Gabriel Attal. …car la filière était en train de couler. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et LR.)L’usage des néonicotinoïdes avait été interdit pour la production de betteraves par François Hollande et sa majorité,…
M. Gabriel Attal. …sans que cette dernière ne se préoccupe une seule seconde des solutions de substitution. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN, LR et Écolo-NUPES.)
M. Fabien Di Filippo (LR). Vous avez travaillé pour cette majorité, il me semble !
M. Gabriel Attal. Quand nous avons été élus en 2017, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait donc aucune solution,…
M. Fabien Di Filippo (LR). Vous souffrez d’amnésie s’agissant de votre parcours !
M. Gabriel Attal. …si bien que, je le répète, nous avons assumé de réautoriser ces insecticides, faute de quoi la filière de la betterave se serait écroulée.
M. Gabriel Attal. J’assume aussi de dire ceci : quand une agence, aussi indépendante soit-elle, décide d’interdire une molécule sans se préoccuper des travaux menés au niveau européen ni de ce qui y est décidé, c’est un problème. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)
M. René Pilato (LFI-NUPES). La protection de la santé n’est pas un problème !
M. Gabriel Attal. De ce point de vue, nous devons réfléchir à l’organisation qui fonctionne le mieux.En ce qui concerne les lois Egalim, les membres du Gouvernement, à commencer par Bruno Le Maire,…
M. Gabriel Attal. …et moi-même suivons de très près – nous en parlions hier avec les représentants des agriculteurs – les discussions en cours, notamment sur le lait, que vous avez évoquées. Je rappellerai simplement qu’avant la promulgation de ces textes, c’est la loi de modernisation de l’économie – loi LME – qui s’appliquait, laquelle donnait les pleins pouvoirs à la grande distribution.
M. Gabriel Attal. Or je n’entends pas un seul agriculteur affirmer que les lois Egalim n’ont pas constitué un progrès, ni qu’il faudrait revenir en arrière. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem. – Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et LR.) Ce que disent les agriculteurs, c’est qu’il faut améliorer l’application de ces textes, procéder à davantage de contrôles et prendre des mesures pour améliorer les rémunérations. Nous en avons également parlé hier avec les représentants des agriculteurs et nous sommes prêts à agir en ce sens.Quant aux jachères, cela fait des mois que Marc Fesneau est mobilisé auprès de la Commission européenne.
M. Gabriel Attal. Nous avons rallié vingt-deux pays à notre position et je crois – du moins je l’espère – que nous allons obtenir cette semaine une nouvelle dérogation dans ce domaine.
M. Gabriel Attal. La Commission européenne a envoyé des signaux positifs en ce sens, notamment dans les médias.À cet égard, au Rassemblement national et à Marine Le Pen, qui a elle-même parlé des votes au Parlement européen et qui dénonce les nouvelles règles sur les jachères, je rappelle qu’elles sont issues des nouvelles dispositions de la PAC, que vos eurodéputés ont votées. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Protestations sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
M. Gabriel Attal. Voilà la réalité ! Vous approuvez les règles de la PAC, que vous critiquez, mais vous ne votez pas les budgets de cette politique, que vous demandez pourtant. C’est une incohérence absolue et c’est à se demander si vos eurodéputés savent ce qu’ils votent ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Mme Nadia Hai (RE). Il faut travailler vos dossiers !
M. Gabriel Attal. Vous parlez de la protection et de l’indépendance de notre industrie (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe RN),…
M. Gabriel Attal. …mais lorsque nous avons défendu l’instauration d’une taxe carbone aux frontières, pour laquelle l’industrie européenne se battait depuis vingt ans, vos eurodéputés ne l’ont pas soutenue. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)