M. Jean-Philippe Tanguy (RN). …alors que les TPE – très petites entreprises – et les PME – petites et moyennes entreprises – continueront encore et toujours de faire des efforts. La hausse exorbitante du prix des biens de première nécessité sera donc définitive. Depuis deux ans, vous n’avez fait que balader les Français sur des baisses que vous saviez ne jamais pouvoir obtenir !
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Vous avez couvert la gloutonnerie des multinationales, ces profiteurs de crises qui estiment qu’ils doivent gagner toujours plus d’argent et que les tumultes de nos sociétés ne les concernent que pour trouver des prétextes à spéculer et s’en mettre plein les poches. Vous refusez le rôle d’arbitre que l’État doit jouer pour éliminer les abus ainsi que les ententes, et pour rétablir des relations loyales, mais aussi une économie saine. Vous vous prétendez libéraux, mais vous n’êtes que dans la connivence et la défense des positions dominantes.
Mme Nadia Hai (RE). Ça manque de fond et ça vire aux insultes !
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Votre mépris systématique vis-à-vis de la France du travail et de l’entreprenariat est bien visible dans votre politique fiscale qui vise, depuis sept ans, je l’ai dit, à tondre les Françaises et les Français enracinés au profit des nomades et des oligarques, qui disposent comme bon leur semble de leurs capitaux par-delà les frontières.En tant que ministre chargé des comptes publics, monsieur Attal, vous aviez annoncé souhaiter un plan Marshall pour les classes moyennes, reconnaissant de facto qu’elles étaient en ruines après cinq ans de guerre menée par Emmanuel Macron contre la France du travail. À ce titre, vous avez ressorti la belle promesse de baisser de 2 milliards d’euros les impôts des classes moyennes d’ici à la Saint-Glinglin, tout en augmentant immédiatement de 4 milliards la taxe sur leur facture d’électricité, avant d’augmenter de 10 % celle sur le gaz à compter du 1er juillet.
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Ce mépris pour la France du travail est la raison pour laquelle vous êtes si intimement liés à l’idéologie mondialiste et aux traités de libre-échange, que vous signez au mépris de l’intérêt des Français, mais aussi au mépris même de l’écologie que vous ne défendez que lorsque cela vous donne un prétexte pour taxer nos compatriotes et leur imposer je ne sais quelle norme dont vous exemptez pourtant nos concurrents. À cet égard, monsieur le Premier ministre, je vous félicite d’avoir supprimé dix normes dans le domaine de l’agriculture : sachez qu’il en reste 399 990 ! (Mme Marine Le Pen sourit.)Vos déclarations sur les traités de libre-échange en général et sur celui que nous envisageons avec le Mercosur en particulier relèvent tout simplement de l’escroquerie politique. Vous mentez éhontément aux Français quand vous prétendez vous opposer au mondialisme ou défendre une exception agriculturelle. Si nos paysans n’avaient pas manifesté, vous auriez continué à laisser filer les négociations avec le Mercosur, tout comme vous avez laissé aboutir, dès que les médias ont eu le dos tourné, les traités avec la Nouvelle-Zélande, le Chili ou le Kenya. À ce titre, où en est le vote du Parlement sur le Ceta – Accord économique et commercial global ? Voici bientôt sept ans, je dis bien sept ans, que le Sénat français est privé de vote et que cet accord s’applique au mépris de la souveraineté française.
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Cette situation ubuesque montre bien que votre propagande au sujet d’une souveraineté européenne n’est rien d’autre qu’un mensonge d’État.Une nation est souveraine ou ne l’est pas : elle ne « l’est jamais à demi », comme le notait encore Philippe Séguin. Si la Commission européenne est souveraine pour négocier des accords commerciaux, alors la France ne peut s’y opposer. Et si la France a le droit souverain de s’y opposer, alors la Commission européenne n’est plus souveraine.Monsieur le Premier ministre, la dernière fois que je vous ai interpellé depuis cette tribune, je vous ai comparé à Bonaparte, que Pie VII qualifiait de tragédien, de comédien. Vous pardonnerez mon manque de modestie en constatant que j’avais démasqué votre talent pour incarner tout et son contraire. Votre carrière est comme celle d’Emmanuel Macron : elle repose sur une véritable pyramide de Ponzi ; sur une manipulation qui consiste à convaincre un maximum de gens de vous accorder leur confiance avant que d’aucuns se rendent compte que vous ne savez absolument pas où vous les menez.Nous ne vous ferons pas le plaisir de vous censurer. Cela vous permettrait de feindre d’affronter des oppositions stériles.
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). La NUPES jouera parfaitement ce rôle d’opposant fantoche, elle qui, par deux fois, a cocufié ses électeurs en vous offrant le pouvoir. Arrivera bien assez vite le moment où vos actes trahiront votre vraie nature d’avatar d’Emmanuel Macron.
Mme Nadia Hai (RE). C’est décevant ! Cela manque de fond !
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Ce jour-là, ni vos comédies, ni vos tragédies ne vous sauveront. Ce jour-là, monsieur le Premier ministre, nous vous censurerons. Car n’est pas Bonaparte qui veut,…
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). …et comme le consul le disait lui-même : « Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. » Quand Jupiter vous retirera ses faveurs, la roche Tarpéienne sera si proche du Capitole ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Nadia Hai (RE). C’est tout ? C’est décevant ! Vous nous avez habitués à plus de fond !
Mme la présidente (RE). Chers collègues, s’il vous plaît.La parole est à M. Nicolas Dupont-Aignan.
Mme Nadia Hai (RE). Ah ! C’est sûr, le niveau va monter !
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Vous n’avez pas osé accompagner votre déclaration de politique générale d’un vote de confiance, comme il est de tradition, car vous savez que vous êtes minoritaires…
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). …dans cette assemblée, comme dans le pays. Ainsi, pour mettre chaque député devant ses responsabilités, cette motion de censure est la bienvenue. Je la voterai évidemment, et ce pour trois raisons fondamentales.Premièrement, vous accorder un sursis ferait de nous, députés de la nation, les complices de la pure opération de communication qu’a constituée votre nomination à Matignon. En effet, qui peut croire un instant que vous allez changer de politique ? Il suffisait d’écouter avec attention, mardi, votre déclaration de politique générale – un catalogue de mesurettes avec tant de priorités qu’il n’y en a plus aucune – pour comprendre combien vous étiez la voix de votre maître.Ne pas voter la censure reviendrait concrètement à faire souffrir davantage les Français et à faire perdre encore plus de temps à la France. Doublement des franchises médicales, explosion des tarifs de l’électricité et du gaz, appauvrissement sans précédent des chômeurs de longue durée – tout en régularisant une main-d’œuvre bon marché –, hausse du tarif des autoroutes, réduction de trois ans à six mois du congé parental… Et vous osez affirmer que voulez défendre les classes moyennes ?Vous n’avez que le mot « autorité » à la bouche, mais vous ne voulez pas vous attaquer aux causes profondes de l’explosion de la délinquance : le laxisme judiciaire, l’ouverture des frontières et la soumission à un droit européen qui explique l’impuissance généralisée de l’État.Plus grave encore, ne pas voter la censure reviendrait à cautionner le vrai cap d’Emmanuel Macron et de votre Gouvernement : la dissolution de la France dans une Union européenne de plus en plus inefficace et autoritaire.Contrairement à ce que vous avez voulu nous faire croire dans votre discours de mardi dernier pour endormir les Français face au saut fédéral que vous préparez, il n’est pas possible de courir deux lièvres à la fois : celui de la souveraineté française et celui de la souveraineté européenne. Ainsi, votre promesse, à Paris, de bloquer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, suivie des déclarations de la Commission européenne, qui annonce vouloir le signer au plus vite, révèle votre double jeu total.Derrière les grandes envolées lyriques, nous assistons à un véritable hold-up intellectuel visant à cacher un transfert historique de compétences et de pouvoirs à l’échelon supranational, comme en témoigne la révision des traités en préparation. Philippe Séguin l’avait d’ailleurs tout résumé : « Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n’a de comptes à rendre à personne. »Enfin, je voterai la motion de censure (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe RE) car je ne peux pas cautionner ici les errements d’Emmanuel Macron et de votre Gouvernement en matière de politique étrangère et de défense. La déclaration hallucinante du Président de la République à Stockholm bradant, dans la confusion la plus totale – en langue anglaise, de surcroît –, notre force de dissuasion nucléaire nationale à nos voisins européens, rompt avec les décennies de clarté et de cohérence de ses prédécesseurs.
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Notre dissuasion nucléaire n’a de sens et n’est dimensionnée que pour sanctuariser notre territoire national et empêcher le franchissement de ses frontières.
Mme Nadia Hai (RE). Et on va aussi dresser des murs comme Trump ?
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). L’étendre avec inconscience au théâtre européen, menacé par l’extension de la guerre en Ukraine, revient à transformer cette force nucléaire stratégique en un outil tactique pouvant déclencher une escalade nucléaire et sacrifier les Français pour une guerre qu’ils n’auraient pas voulue.
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). C’est entièrement juste ! Relisez ce qu’a dit le Président de la République !
Mme Constance Le Grip (RE). Vous n’avez pas écouté. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient dit la même chose !
M. Nicolas Dupont-Aignan (NI). Il est à cet égard inconcevable que notre Parlement ne se soit pas réuni, en application de l’article 35 de la Constitution, compte tenu de la fuite en avant et des livraisons d’armes toujours plus importantes d’Emmanuel Macron, obéissant servilement à l’Union européenne et à l’Otan.Sur la scène internationale, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’incarne plus une voix libre, capable de défendre un plan de paix équilibré. L’heure est grave, les Français nous regardent. Pour ma part, je ne cautionnerai jamais la dérive actuelle. Seule une censure, suivie d’une dissolution et de l’arbitrage du peuple, peut enrayer l’effondrement du pays. Tout le reste n’est que bavardage dilatoire.
Mme Nadia Hai (RE). Vous dites cela parce que nous n’avons pas voté votre amendement à 2 % !
Mme la présidente (RE). La discussion est close. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de censure.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Je rappelle que seuls les députés favorables à la motion de censure participent au scrutin et que le vote se déroule dans les salles voisines de l’hémicycle.Le scrutin est ouvert pour vingt minutes. Il sera clos à douze heures huit.
(La séance, suspendue à onze heures quarante-huit, est reprise à douze heures neuf.)
Mme la présidente (RE). La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin :Majorité requise pour l’adoption de la motion de censure, soit la majorité absolue des membres composant l’Assemblée 289Pour l’adoption 124La majorité requise n’étant pas atteinte, la motion de censure n’est pas adoptée.
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente (RE). Prochaine séance, demain, à quinze heures :Questions au Gouvernement ; Discussion, en lecture définitive, de la proposition de loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants ; Discussion de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, renforçant la sécurité des élus locaux et la protection des maires.La séance est levée.